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FRACTURE SOCIALE OU RELIGIEUSE?

Frédéric Manns


LES violences urbaines qui secouent la France depuis la fin octobre peuvent être analysées de différents points de vue, même du point de vue du dialogue - ou du manque de dialogue - interreligieux. Les journalistes parlent de fracture sociale et de banlieues en flammes. Certains parlent des souffrances de ceux qui sont devenus une sous-France. Les causes principales de ce phénomène sont réduites généralement au manque d’intégration sociale. Le président de la République, qui en la circonstance a chaussé ses lunettes pour prouver qu’il n’était pas myope, y voit une crise d’identité. Il a fustigé les fauteurs de troubles et a promis des jours meilleurs pour ceux qui sont discriminés. C’est un fait que les récentes violences ont permis de redécouvrir les handicaps et les nombreuses injustices sociales dont sont victimes les habitants des banlieues. Elles ont aussi confirmé à quel point le modèle français de l’intégration laïque des musulmans craque de partout.
« La violence et le sacré ». Tel est le titre d’un ouvrage célèbre de R. Girard qui m’est venu en mémoire. Vouloir se venger, c’est le propre de l’homme. Dès qu'on désire ce que désirent les autres, ceux-ci deviennent des rivaux. S’il en est ainsi, comment la communauté humaine a-t-elle pu se former? En effet, remarque Girard, le mimétisme humain peut se propager comme une traînée de poudre, et conduire à la violence généralisée, rendant ainsi impossible la survivance de l'ordre social.
Cette énigme ne fait qu’un avec le problème de l’apparition du sacré. C’est précisément au paroxysme de la crise de tous contre tous, que, loin de se regarder et de se dire « bon ça ne peut plus aller comme ça, établissons un contrat pour vivre ensemble », qu’un mécanisme autorégulateur fait son œuvre. Le ‘tous contre tous’ violent se transforme automatiquement en un ‘tous contre un’. On assiste alors à la naissance du sacrifice.
Plus les rivalités mimétiques s'exaspèrent, plus les rivaux sont fascinés les uns par les autres. L'unique fauteur de troubles sera violemment écarté ou mis à mort par la collectivité unie contre la victime. Les hommes se tournent vers la victime qui leur a apporté la paix après sa mort.
Girard croit avoir trouvé la réponse à la violence, à la contradiction entre rites et interdits: pour lui les rites consistent d’abord à refaire la crise. Non pas pour se précipiter vers la catastrophe, mais pour bénéficier de son dénouement extrêmement heureux : ce sera le sacrifice.
Toute civilisation, dit Girard, est au départ une religion. Toutes les institutions sont d’origine religieuse et conservent les traces de ces origines sacrificielles. La laicité française semble l’avoir oublié.

L’ivresse de la rhétorique - Liberté, Egalité, Fraternité – et le goût de la grandeur auxquels succombent certains responsables politiques masque en fait l'absence de toute vision prophétique. C’est un fait qu’en ces trente dernières années, l’agencement de la France a changé. Le métissage a augmenté et les citoyens à double culture sont devenus quelques millions. Puisqu’ils sont les seuls à avoir des familles nombreuses, ces citoyens marqueront l’avenir de façon inaltérable. Certains ont oublié que l’islam était devenu la deuxième religion de France et que vouloir intégrer l’islam pour en faire une religion laïque était un leurre. Les juifs de France ne se sentent plus en sécurité : devant la vague de manifestations antisémites, beaucoup sont partis en Israël. Les chrétiens invités à la nouvelle évangélisation oublient parfois qu’avec la migration moderne des peuples une nouvelle chance de présenter le Christ leur est offerte.

Certains sociologues voudraient calquer la France sur le modèle pluri-culturel des Etats-Unis et réduire la religion à la sphère privée. Ils oublient que le modèle américain ne repose pas uniquement sur des communautés juxtaposées, mais aussi sur un patriotisme puissant et sur des valeurs intégratrices. "La nation est une âme, un principe spirituel", notait déjà Ernest Renan en 1882. Ce "principe spirituel", même s’il de plus en plus diversifié dans les sociétés modernes, est absent de la plupart des analyses et de la plupart des projets sociaux. Seules les grandes religions monothéistes peuvent l’ajouter.

La création du Conseil français du culte musulman et l'aménagement souhaité de la loi sur la laicité de 1905 sont devenus une nécessité. Que penser de l’adhésion tant souhaitée par la France de la Turquie avec ses cinquante millions de musulmans à la communauté européenne? L’exemple du Moyen Orient devrait ouvrir les yeux des hommes politiques.

Il ne s’agit pas seulement d’être à l'écoute des peurs et des désirs des citoyens, il faut encore respecter leurs aspirations religieuses profondes. Les Français qui paient actuellement la facture de la colonialisation désirent le changement, mais aussi la préservation de leurs repères, de leur identité, de leurs valeurs. Le dialogue inter religieux devient incontournable.

Un curieux concours de circonstances a voulu qu’en pleine crise sociale française l’Eglise béatifie Charles de Foucault, un saint original. Cet officier de l’armée française qui avait abandonné la foi chrétienne la retrouva grâce à ses contacts avec l’Islam. En 1901 attiré par l’idéal du désert, il part au Sahara. "Continuer au Sahara la vie cachée de Jésus à Nazareth, non pour prêcher, mais pour vivre dans la solitude, la pauvreté, l'humble travail de Jésus", écrit-il en 1904. En juillet 1907 il s'installe à Tamanrasset où il entreprend un travail sur la langue des Touaregs, leurs chants et leurs poésies. "Mon apostolat doit être celui de la bonté. En me voyant on doit dire : 'Puisque cet homme est bon... sa religion doit être bonne'", écrit-il en 1909.
Plutôt que de parler de "racailles et de voyous", il faut réapprendre le vrai sens de la fraternité et le respect des autres religions dans un dialogue fructueux.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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