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LE FUTUR DES RELIGIONS

Frédéric Manns


Paul Ricoeur, dans une analyse très fine, parle des religions en termes prophétiques : « Les religions, si elles doivent survivre, devront satisfaire à de nombreuses exigences. Il leur faudra en premier lieu renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d'une parole désarmée. Elles devront en outre faire prévaloir la compassion sur la raison doctrinale. Il faudra surtout chercher au fond même de leur enseignement ce surplus non dit grâce à quoi chacun peut espérer rejoindre les autres. Car ce n'est pas à l'occasion de superficielles manifestations qui restent des compétitions que les vrais rapprochements se font. C'est en profondeur seulement que les distances se raccourcissent ».
Un bienfaiteur anonyme a bien compris ce message. En déposant un don pour les victimes du sinistre du tsunami il a écrit sur le registre de la mairie du 17è arrondissement à Paris cette phrase : « Je ne te demande pas ta race, ni ta religion. Je te demande seulement quelle est ta souffrance ».
Dans un monde où l’individualisme croît, les gestes de solidarité se multiplient cependant. Plus l’individualisme progresse, plus le besoin de sécurité augmente. Les individus ont besoin de racines, surtout dans les sociétés contemporaines qui sont de plus en plus liquides et fluides. Au fur et à mesure que la mobilité et le nomadisme réapparaissent dans la société moderne, beaucoup de gens aspirent à des valeurs durables qui reflètent avant tout une qualité relationnelle. Le téléphone portable, signe des temps modernes, illustre bien le besoin de rester connecté avec les autres.
Bien après Nietzsche, Marx, Freud , les sociologues des années soixante-dix claironnaient la mort de Dieu. Il était difficile à l'époque de leur donner tort. Tout convergeait : l'urbanisation et la fin de la civilisation paroissiale symbolisée par le clocher du village, le déclin des grandes Églises, l'assimilation aux sociétés modernes d'un Judaïsme en diaspora, la domination dans les pays musulmans d'un nationalisme laïc, arabe ou turc, l'envahissement de la société de consommation, la transformation du statut de la femme, l'émergence d'une société de loisirs, l'omniprésence des médias qui façonnent les esprits. La mort de Dieu semblait évidente.
Mais les mêmes auteurs qui avaient observé cette montée massive de la sécularisation et de l'indifférence religieuse confessaient peu après la revanche de Dieu. Le sociologue américain Harvey Cox en 1968 écrit La cité séculière et en 1994 Le retour de Dieu. Il souligne l'extraordinaire concomitance, à la fin des années soixante-dix, des phénomènes religieux identitaires : dans le Judaïsme, l'action de courants orthodoxes, dans l'Islam la révolution iranienne, et dans le christianisme le retour des courants évangéliques.
La laïcisation n'a pas plus apporté le bonheur à l'homme que la raison. La mythologie du progrès à tout prix a trouvé ses limites. Les inquiétudes demeurent face à l'épuisement des ressources énergétiques, à l'accumulation des armements nucléaires et aux catastrophes de tout genre. Le développement des spiritualités qui répugnent à confesser un Dieu personnel, mais ont un sens aigu de la transcendance, est rapide. L'hindouisme, le bouddhisme, le taoïsme traversent les rives de l'Orient et se dirigent vers l'Occident. Ces religions s'adaptent parfaitement à la modernité. La religion se métamorphose. Malraux ne se trompait pas quand il annonçait le retour au galop de la question religieuse.
Le passé des religions est fait d’ombres et de lumières. Le christianisme a marqué l’Occident. Malgré les erreurs d’interprétation des textes fondateurs les figures de Martin de Tours, François d'Assise, Vincent de Paul, Martin Luther King, Albert Schweitzer et Mère Teresa lui ont donné un rayonnement. La mémoire des ouvriers anonymes qui ont bâti les cathédrales, recopié les textes, et éduqué les générations entières provoque encore aujourd’hui l’admiration de nombreux touristes. On a dit que le premier millénaire de l'ère chrétienne a été celui de la Méditerranée, le second millénaire celui de l'Atlantique, et que le troisième sera celui du Pacifique. Il est difficile de faire des pronostics, car la logique de Dieu surprend.
Malgré l’ouverture du monde moderne, l’affrontement des religions est un fait qu’il est difficile de contester. Les disputes de l’Islam et du christianisme au Kosovo et au Soudan sont loin d’être terminées. L'Arabie Saoudite, cinquante ans après la Déclaration des Droits de l'homme n'a toujours pas admis un culte autre que Musulman sur son territoire. On présente souvent l'Hindouisme comme une religion pacifique, mais ses rapports avec l'Islam ne furent pas des meilleurs lors de la séparation de l'Inde et du Pakistan.
Les religions monothéistes sont-elles des facteurs d'hostilité, de guerre, de désunion ? Il est permis de se le demander.- Les Juifs intégristes ont pris le livre de Josué au pied de la lettre et déclarent que la terre d’Israël leur est réservée de façon exclusive. Nous nous trouvons devant un kidnapping de l'histoire d'Israël par les intégristes. Les gestes des Patriarches dans la Bible présentent une vision bien plus universaliste de l'élection : « En toi toutes les familles de la terre seront bénies », annonce Dieu à Abraham. Impossible de justifier la violence des ultra-orthodoxes par la Bible.
Le christianisme, né du Sermon sur la Montagne, de la mort et la résurrection de Jésus, était composé en majorité par des communautés judéo-chrétiennes au début. Mais avant la prise de Jérusalem par Titus en 70 les chrétiens ont été dispersés à Pella. Progressivement dans les Églises chrétiennes de la diaspora l’hébreu a été remplacé par le grec. L’inculturation du christianisme dans les différents mondes n’allait pas sans problèmes. A l’Eglise de la Circoncision allait succéder l’Eglise de la Gentilité. Que Jésus n'ait rien écrit prouve que la religion ne doit pas s’enfermer dans la rigidité des textes. Les violences des chrétiens sont des contradictions internes.
L'Islam daté par la fuite de Mahomet en 622 est aux portes de Poitiers, en 732. La religion définie par le Coran est perturbée par les islamistes conquérants qui prétendent imposer des textes postérieurs. L’Islam modéré est doublé d’un Islam intégriste, sectaire et violent qui est à l’origine de nombreux conflits dans le monde.
Les religions monothéistes ne sont pas fondamentalement violentes, mais le sont devenues par déformation progressive. L'intégrisme et le fondamentalisme sont des caricatures des religions. Ils n'ont aucune racine religieuse. Leur racine n'est pas religieuse, mais d'ordre psychologique : une sorte de rigidité, d'idée de pureté, le refus du bonheur et de la réalité, ainsi qu'une forme de peur et de violence se trouve à leur base. L'intégrisme et le fondamentalisme sont d'ordre idéologique : le monde est vu en blanc et noir, avec un refus du changement, de l'évolution, de la complexité, de la démocratie et des Droits de l'homme. Dieu est invoqué comme souverain, parce qu’il simplifie les questions. La religion peut être exploitée par la politique.
Mais qu'est-ce qu'une religion ? Durckheim l'a définie par la notion du sacré. La distinction entre le sacré et le profane est à l'origine des religions. La religion est faite aussi de gestes et de rituels. Elle pourrait se définir enfin par des valeurs fondamentales, et par le sens de la vie. Pour E. Kant la religion est la loi qui est en nous dans la mesure où elle reçoit sa force sur nous d'un Législateur et d'un Juge. C'est une morale appliquée à la connaissance de Dieu. Si la religion n'est pas liée à la moralité, elle n'est qu'une recherche de faveurs.
Un sondage publié par Le Monde des religions de janvier 2005 montre qu'une large majorité refuse de voir les religions se transformer en instances prescriptrices de leur vie sexuelle. Le sexe et la religion forment un couple explosif. Pour près des deux tiers des Français (72 %), l’Islam est jugé le plus « répressif » dans ses prescriptions sexuelles. Le jugement est plus nuancé pour les autres religions, y compris le catholicisme. 43 % des Français pensent que l'Eglise catholique est « répressive » sur les affaires du sexe. Mais 46 % estiment le contraire. Dans cette enquête le judaïsme ne s'en sort pas très bien. Il est estimé « répressif » dans ses prescriptions sexuelles pour plus du tiers des Français : 38 % contre 31 %. Bien plus, il serait l'ennemi du plaisir pour 45 % d'entre eux. Pour la majorité des personnes interrogées les religions n’auraient rien à voir avec le sexe. L’individualisme s’affirme sous une forme nouvelle.
Pour Malraux, l'auteur de la Condition humaine, le rapport de l'homme avec Dieu est cyclique. Après l'antique terreur de l'absolu divin, suivi de la suprématie d'un humanisme sans Dieu, Malraux pensait qu'on reviendrait au « droit régalien de l'Éternel ». Il écrivait : « Il s'agit de réintégrer les dieux en face de la plus terrible menace qu'ait connue l'humanité ».
On ne peut que regretter l’esprit étroit de la France à ne pas avoir défendu la mention des racines chrétiennes dans le préambule de la constitution européenne, car tout le monde sait que l’Europe doit beaucoup à ses racines chrétiennes. La véritable laïcité est celle du respect et de la reconnaissance de toutes les convictions religieuses, sans en privilégier aucune.
La perte de la mémoire religieuse des nouvelles générations est un phénomène inquiétant. Si la société ne se construit pas sur des valeurs sûres, comment pourra-t-elle survivre ? L’inculture des jeunes sur le plan religieux exige une nouvelle évangélisation. La foi est une continuelle recherche. Le doute fait partie de la foi. Dans cette recherche le droit à la différence de l’autre sera-t-il pris en considération ? L’avenir nous le dira.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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