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PLAIDOYER EN FAVEUR DU DIALOGUE INTER RELIGIEUX

Frédéric Manns

Un mouvement de flux et de reflux marque l’histoire contemporaine : à l'éclipse du sacré succède le retour du sacré. Le monde post moderne prend acte de la déconfiture des idéologies suivie de la montée de l’individualisme et de la violence au nom d'un droit à la liberté illimitée et absolue. La vérité tend alors à s’effacer devant la liberté devenue seule juge de l'intérêt personnel ou collectif. A chacun désormais sa morale, avec pour critère celui de ne pas en avoir. La religion est reléguée au rang des choix privés. On est en plein triomphe du relativisme et de l’immanence qui refusent la transcendance. Le pragmatisme dont le seul critère est l’efficacité s'impose partout.
Autre phénomène paradoxal. La sécularisation s'impose: tandis que le religieux se sécularise, le séculier se sacralise. On assiste à l’émergence de nouvelles prophéties habillées de science; leur message étant d’annoncer le passage à une ère nouvelle. Le XXI siècle devrait sonner la fin de l’ère chrétienne des Poissons et ouvrir l’ère du Verseau : l’ère du New Age. Dans ce grand supermarché des idées et des comportements tout devient relatif et bien des gens sont déroutés. Ajoutez à cela la rapidité prodigieuse de la communication qui contribue à créer un climat d'insécurité psychologique et vous aurez une synthèse d'une société en plein éclatement.
Dans ce contexte de confusion et de recherche de nouveautés s'inscrit l'urgence du dialogue inter religieux. La solution apparemment la plus simple est que chrétiens, juifs et musulmans continuent sur des voies parallèles à s'intéresser à leurs problèmes, avec leurs différences, et ruminent les erreurs, les injustices et les blessures du passé tout en préparant secrètement leur revanche sur les autres. Un investissement à long terme est préférable cependant; il passe par la reconnaissance mutuelle et l’acceptation de la différence pour la construction d’un monde qui soit digne de Dieu et de l’homme. Les affrontements entre jeunes musulmans et juifs en France montrent l'urgence d'un tel dialogue d'où la dimension politique n'est pas absente. Refuser le dialogue c'est préparer la voie à l'affrontement.
Le concile Vatican II avait pressé les catholiques de risquer un dialogue franc et ouvert avec les religions et les cultures du monde, et d’une façon plus particulière, avec les fils d'Abraham.
Des textes majeurs ont ouvert cette voie nouvelle : Lumen Gentium invitait les chrétiens à dépasser le nombrilisme et à considérer que tout ce qui est bon et vrai chez les autres est comme “une préparation évangélique” ; Nostra Aetate les invitait à accueillir positivement l’expérience religieuse des autres croyants; Gaudium et Spes affirmait que “l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au Mystère pascal”; Ad Gentes rappelait enfin que le chrétien doit découvrir dans les traditions culturelles, nationales ou religieuses les “semences du Verbe” et apprendre, à l'école du Christ, le dialogue vraiment humain.
L'ouverture aux autres ne signifie pas cependant qu'il faille renoncer à ses convictions. Le pape Paul VI, dans son encyclique Ecclesiam Suam rappelait qu'il n'y a point de dialogue en dehors de la vérité : elle seule est libératrice. Tout dialogue suppose une attitude de bienveillance et un regard positif porté sur l’autre, en même temps qu'une recherche patiente de la vérité dont cet autre est porteur, tout en restant attentif à ne pas trahir le message du Christ. Ces balises étaient essentielles sur le chemin du dialogue. Les rencontres, sessions, séminaires, colloques se sont succédés à une telle allure, qu'ils ont engendré un immense optimisme dans un premier temps. Mais on ne devait pas tarder à s’apercevoir qu'on était passé insensiblement d’une attitude de bienveillance à celle de complaisance, d'une position de recherche de la vérité à celle du compromis. Cette dérive allait induire bien des confusions et aboutir à des désillusions.
La prière d’Assise, allait marquer une nouvelle étape dans l’effort de rencontre avec les autres religions. En octobre 1986, sur l'invitation du Pape Jean-Paul II, plus de cent responsables religieux, représentant les principales religions du monde, vinrent à Assise pour prier et jeûner pour la paix. Le Pape qualifia cette rencontre d’événement religieux le plus important de l’année 1986. L’Eglise continue à s'impliquer dans ces initiatives spirituelles en vue de servir la cause de la paix et de la rencontre entre des hommes qui vivent une expérience qui offre certains traits communs.
Pour beaucoup de chrétiens une nouvelle question allait naître: est-il encore nécessaire d’annoncer Jésus-Christ et de parler de lui? A ce niveau d’interrogation se situe l’initiative du pape Jean-Paul II en 1990, dans son encyclique Redemptoris Missio, apportant l’éclairage attendu et nécessaire sur le dialogue et l’annonce : “Si les deux sont liés, ils ne sont pas interchangeables pour autant” (§77).
L'aventure du dialogue fut un véritable risque. Un grand nombre de chrétiens, mus par un désir de retrouver en l’autre des valeurs chrétiennes cachées, créèrent involontairement un judaïsme et un islam idylliques ; ainsi, on christianisait inconsciemment des notions juives et islamiques, sans prêter suffisamment attention au véritable contenu dont étaient porteurs les termes du dialogue.
Sans doute n’a-t-on pas fait la distinction qui s’impose entre islam et musulmans, entre judaïsme et les frères aînés. Le Concile avait parlé des musulmans et l’on comprit l'islam, il a parlé de juifs et l'ont comprit le judaïsme. D’où la confusion qui s’ensuivit. Au niveau du judaïsme le fait de souligner unilatéralement les racines juives de la foi chrétienne en oubliant la nouveauté apportée par le Christ aboutit à des confusions entre antisionisme et antisémitisme. Par ailleurs un des paradoxes de la rencontre islamo-chrétienne fut d’avoir amené les chrétiens à christianiser l’islam, tandis que l’islam jouait à lui rendre la pareille et à islamiser le christianisme. Tâche d’autant plus facile à entreprendre de la part de l’islam que l’on vivait à l’heure du relativisme généralisé, tant au plan de la pensée que des convictions.
L’islam et le judaïsme qui se glissèrent dans le grand supermarché des idées s’employèrent à missionner dans les terres chrétiennes, assurés que le christianisme était une étape qu’il convenait de dépasser. Les programmes télévisés du dimanche matin en témoignent. On s’interrogea en 1991 sur la présence du catholicisme en France et on établit un débat radiodiffusé sur France Culture, sur la question de savoir si “Les Français sont encore catholiques”, suivi, en 1992, de cet autre débat sur “La France est-elle toujours un pays catholique ?” Le catholicisme français apparaissait comme menacé par un krach que tout le monde prédisait comme imminent, jusqu’au jour où la visite du pape à Reims en octobre 1996 prit à contre-pied tous les pronostics et vint remettre les pendules à l’heure. Le pape Jean-Paul II demanda aux français ce qu'ils avaient fait de leur baptême. Les JMJ de Paris donnèrent une réponse surprenante à cette question. La même demande pourrait être posée à toute l'Europe. Si quelqu'un perd son identité à quoi lui sert-il de dialoguer? Que peut-il apporter aux autres?

L'affrontement entre Israël et les Palestiniens durant les deux intifada allait faire rebondir le problème. Le manque de dialogue a abouti à la construction d'un mur d'apartheid. Après un échec aussi cuisant le temps n'est-il pas venu de se poser la question: Islam, judaïsme et christianisme n’ont-ils pas la vocation à construire ensemble le futur ? Quel futur et dans quelle terre pour les Juifs et les musulmans? Comment préparer ce futur insaisissable? Toute question exige une réponse, à condition qu'elle soit bien posée. Toute politique doit être éclairée par une mystique. Le dialogue se transforme en négociation, lorsque la loi du plus fort tend à s'imposer. Dans un climat tendu, il faut que chrétiens, juifs et musulmans aient l'audace de se demander en quoi il sont semblables, dissemblables, comparables? Pour dialoguer il faudra que les mêmes mots aient le même sens. Il faudra aussi avoir le courage de se demander ce que revêtent de part et d’autre des termes comme Monothéisme, Révélation, Abraham, Prophétie, Foi, Culte, le rapport homme-femme selon la révélation, le rapport à Dieu et les Valeurs. Ces questions attendent une réponse urgente, sinon le plus fort aura raison et entraînera les autres dans la spirale de la violence. Le chapitre de la Custodie de Terre sainte a invité tous les participants à remettre les horloges à l'heure de Vatican II et à devenir des prophètes de réconciliation et de paix. Plus que les paroles, ce sont les actes qui comptent, surtout lorsqu'ils proviennent d'une minorité.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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