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JUIFS ET CATHOLIQUES DEVANT LA « MEMORIA FUTURI » DE NOSTRA AETATE

Frédéric Manns


LE christianisme n'a pas d'avenir hors de la mémoire de ses racines juives. Pour les retrouver, il doit traverser toute une littérature qui y a fait écran durant des siècles. La lecture des penseurs juifs donne une étonnante impression de retour à la maison après une longue errance. Il est clair que les chrétiens et les Juifs doivent relire leur histoire à la lumière de leurs sources.

La déclaration Nostra Aetate adoptée par le concile Vatican II, il y a quarante ans, a été évoquée dans le monde entier par 80 conférences et symposiums. Jérusalem ne voulait pas manquer ce rendez-vous, d’autant plus que dans la Bible quarante est le symbole de la traversée du désert avant l’entrée dans la terre promise. Sans cette déclaration, jamais les deux lettres récentes de la commission biblique qui prônent une lecture juive des Ecritures n’auraient pu voir le jour. Jamais la prière d’Assise n’aurait pu être organisée.

Nostra Aetate prend en compte l'existence actuelle du peuple juif qui n'était plus autrefois, pour l'Eglise catholique, qu'un peuple fossile, le bibliothécaire et le témoin de la Rédemption.

Un changement s'est produit dans la prédication sur les juifs et la catéchèse des Eglises ; des commissions internationales entretiennent un dialogue régulier. On ne dira jamais assez l’importance de l’éducation des jeunes générations pour qui la mémoire du passé ne signifie pas grand chose.

Malgré tout, certains ont l’impression que le dialogue piétine aujourd'hui. Depuis quarante ans, le dialogue judéo-chrétien a connu des tempêtes qui étaient des accidents périphériques. Ils ne remettaient pas en cause les progrès accomplis depuis Vatican II. Mais ils montrent que le retour des vieux réflexes est toujours possible.

Un des problèmes débattus entre théologiens est celui de savoir si l’Eglise a une mission pour Israël. Le dialogue exige en effet le respect de l’autre. Enzo Bianchi, le fondateur de la communauté de Bose en Italie, affirme que l’Eglise qui doit annoncer la croix du Christ, n’a aucune mission spéciale pour Israël. Reprenant la problématique de l’épître de Paul aux Romains, Bianchi pense que l’Eglise doit entrer dans la dynamique de l’émulation. Dieu, en effet, a fait entrer les païens dans l’alliance pour provoquer la jalousie d’Israël. L’unique façon d’exercer cette mission d’émulation est par le témoignage. Cette émulation est une attitude spirituelle qui va jusqu’à vouloir être anathème pour Israël, comme Paul de Tarse.

Il est vrai que dans le dialogue de l’Eglise avec Israël il existe une dissymétrie. Les chrétiens qui savent que leurs racines sont dans le judaïsme ont besoin d’Israël. Les juifs, apparemment, n’ont pas besoin du christianisme. De plus, devant Jésus les attitudes des chrétiens et des Juifs divergent. Jésus unit et divise à la fois les Juifs et les Chrétiens. Cependant le judaïsme, s’il veut réaliser sa vocation qui est celle d’être la bénédiction des goyim, (“En toi seront bénies toutes les familles de la terre” Gen 12,3), a besoin de ces derniers pour leur porter la lumière. Israël ne peut être séparé ni de son Messie ni des goyim. La présence de l’autre est nécessaire pour Israël. Pour l’Eglise la présence d’Israël est le signe de l’inachèvement du Royaume. Plutôt que de parler de deux voies parallèles du salut, il faut se contenter d’annoncer une voie qui est celle que Dieu parcourt. Il existe un mystère dans le mystère d’Israël.

La théologie de Bianchi ne peut pas ignorer certaines objections qui viennent des textes fondateurs du christianisme. Les juifs ont le droit de connaître les Evangiles écrits par des Juifs pour montrer l’accomplissmeent de leurs Ecritures, affirme David Jäger. Dans l’Evangile de Matthieu Jésus affirme qu’il est venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël. Le rappel des prophéties messianiques et leur accomplissement en Jésus est un thème constant de son Evangile. Luc montre Jésus enseignant dans les synagogues d’Israël. Paul s’adressera également aux Juifs de la diaspora dans leurs synagogues, parce qu’ils sont le peuple de l’alliance. Ce n’est qu’après avoir été rejeté de la Synagogue qu’il se tournera vers les païens. Pierre demande aux chrétiens d’être prêts à la défense contre quiconque demande raison de l’espérance qui est en eux. Enfin, l’Eglise judéo-chrétienne n’avait qu’un objectif : convaincre les Juifs que Jésus était le Messie d’Israël. Malheureusement, lorsque le courant paulinien s’est imposé dans l’Eglise, les courants judéo-chrétiens ont été éliminés.



Si l'Eglise veut comprendre son identité et être digne de foi, elle doit repenser son attitude théologique envers le judaïsme. Elle doit conserver également son identité qui lui vient de son Maître. Le christianisme doit retrouver sa racine juive, renouer avec l'histoire, non pas dans une prétention impérialiste, mais pour y répandre un ferment qu’il a reçu de Jésus le Juif et le Fils de Dieu.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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