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EN MARGE DES JEUX OLYMPIQUES D'ATHÈNES

Frédéric Manns

Le sport peut contribuer à sa façon à la rencontre des religions. La cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'Athènes a vu défiler des sportifs de la république islamique d'Iran, d'Israël, d'Irak et d'Amérique. Mais cette rencontre est fortuite. Le stade antique d'Olympie, et le stade panathénien, dans le centre d'Athènes, qui fut le théâtre des Jeux de 1896, ont été invités à jeter un pont entre le passé et le présent. Cependant, le télescopage entre les références répétées à un passé mythifié et la réalité des Jeux en 2004 met en évidence la crise profonde que traverse aujourd'hui le monde post moderne.
Athènes et Jérusalem ont dialogué plus d'une fois dans le passé. Lorsque les Grecs se livraient à la guerre de Troie les Hébreux quittaient l’Egypte. Amos est contemporain d’Homère. Socrate est un adolescent lorsqu’Esdras annonce le retour de l’exil. La révolte des Maccabées contre la culture grecque coïncide avec la construction de l’autel de Zeus à Pergame. Athènes et Jérusalem, deux cités rivales, furent détruites par Rome et renaissent dans la synthèse que le christianisme fera de leur pensée.
La Grèce favorisait la connaissance, qui oserait en douter? Apollon est le dieu des beaux-arts et de la clarté. Le génie juif est plus confus, il faut l’admettre. Mais le réel n’est-il pas souvent plus complexe que transparent? C’est à Olympie, que les dieux olympiens inaugurèrent les jeux : selon une croyance, Zeus vainquit Cronos à la lutte, tandis qu’Apollon l’emportait sur Arès au pugilat et sur Hermès à la course.
Les jeux célébraient le corps de l'homme, sa beauté et sa force ainsi que toutes ses virtualités, alors que curieusement les philosophes grecs le méprisaient: soma-sêma, le corps n'est que la sépulture de l'âme. C'est de l'âme que vient la grandeur de l'homme. Le corps n'a qu'un temps, tandis que l'âme est immortelle.
Les Jeux Olympiques avaient ceci de bon: pendant leur célébration tous les conflits étaient suspendus. Pour permettre aux athlètes et aux visiteurs qui se rendaient au sanctuaire de se déplacer sans danger, et aux jeux de se dérouler sans interruption, une trêve sacrée était proclamée, qui mettait fin pour un mois aux hostilités entre les cités-Etats grecques. Le monde post moderne qui a repris la célébration des jeux a oublié de suspendre les conflits. La présence des sportifs irakiens et américains aux jeux ne pouvait pas passer inaperçue.
La Grèce bouleverse encore aujourd’hui ses visiteurs. Mycène avec ses ruines imposantes est capable de vous couper le souffle. Les dieux de l’Argolide poussent encore leurs cris de mort à travers les gémissements d’une tempête.
L’ascension de Delphes, où jadis un Temple plus beau que celui de Salomon célébrait ses héros, est une expérience inoubliable. Le visiteur se repose dans le théâtre témoin des déchirements d’Electre tout en contemplant le coucher du soleil. En déclinant le soleil accroche ses voiles aux branches d’olivier. Le ciel se penche vers la mer. La nature entière se prépare à la frissonnante apparition du crépuscule. La voix de la Pythie semble s’élever alors dans la désolation d’une crypte effondrée. Les dieux de la Grèce n’ont pas abandonné l’espoir d’être aimés à nouveau, dussent-ils changer de nom. Eros, Apollon et Zeus sont prêts à accepter ce sacrifice pour renaître. Le cantique des cantiques semble affirmer à son tour qu'Eros sauvera le monde.
A qui flâne sur l’Acropole les mystères d'Athéna se révèlent. Cependant la liberté sacrée, cette ascension vers les espaces de l’esprit, est difficile à rejoindre. En prenant pour modèles Apollon et Eros, et pourquoi pas de temps à autre Bacchus, l’homme devient serviteur d’un dieu qui se fatigue et vieillit. La mythologie, avec son Panthéon, ne permet pas à l’homme de trouver son unité. Elle divise l’homme. Aristote et Platon ont célébré la raison, mais un bourbier repose au fond de l’homme. De ce marais, où croupissent les passions, il faut extraire le pur marbre et sculpter sa personnalité comme Phidias sculptait les frises du Parthénon. Les dieux de la Grèce sont impuissants à réaliser cette entreprise. Paul de Tarse viendra annoncer aux Athéniens le dieu inconnu qu'ils adoraient sans le connaître.
A Jérusalem, le climat est plus tonique. Mais la culture juive est plus pauvre. Aucun monument de Jérusalem n’évoque le Parthénon. Le temple de Jérusalem ne contenait aucune statue. La Bible défend en effet de sculpter l’image de Dieu dans la pierre, car Dieu a créé l’homme à son image. Toute homme est une image sacrée, parce qu’image de Dieu. Pour entrer en communion avec Dieu, il doit aimer ses frères. Voir ses frères, c’est voir Dieu. L’autre n’est plus l’enfer, il devient une épiphanie de Dieu. Jérusalem a connu cependant la tentation de l’hellénisation.
Dès les premières pages de la Bible, c’est le christianisme avec son respect pour l’homme qui est annoncé. La lumière qui rayonne sur le visage du Christ ne peut pas ne pas transformer l’homme en foyer de lumière. Transformer l’homme de chair et de sang en un dieu immortel, diviniser l’homme, le délivrer de la mort, telle est la vocation du christianisme.
A Jérusalem le péché de l’homme est manifeste. Un mur de division s’étale au grand jour. Les rivalités entre chrétiens renvoient à chacun ses propres paradoxes. Qui se contente de se scandaliser de ce péché de division manifeste qu’il n’a pas unifié sa propre vie.
La pesanteur du péché entraîne vers le bas. Le royaume de Satan enchaîne et aveugle l’humanité. Mais le Christ est venu enlever le péché du monde. Sa victoire sur la mort est certaine, bien que les derniers assauts du mal sont encore visibles, trop visibles.
Le croyant en Jésus devient membre d’une famille sauvée d’Ur par Abraham, sauvée de l’esclavage d’Égypte par Moïse, nourrie gratuitement de la manne au désert, abreuvée au rocher mystérieux qui le suit de façon miraculeuse.
Le croyant en Jésus appartient à une foule qui avec Saul de Tarse a fait éclater les anciennes sécurités pour s’ouvrir aux païens d’Athènes et de Corinthe, mais qui a renoncé à la sagesse de l’aréopage pour s’ouvrir à la folie de la croix. Il n'a pas besoin de Platon, bien que certains esprits aigris voudraient assimiler le christianisme au platonisme.
Cette double appartenance en fait un être partagé, un être qui ne trouve son unité que dans l’ouverture. La connaissance n’est plus le fruit de la raison, mais du coeur.
L’Occident a dérobé le feu aux dieux de l’Olympe comme jadis Prométhée. L’électricité, l’électronique et la bioéthique ont bouleversé sa vie quotidienne. La femme enceinte qui montrait son ventre sur la scène où défilaient les acteurs des Jeux le rappelait. L’Occident a oublié de rendre grâce à l’Esprit pour ses songes réalisés. Il a construit des sociétés matérialistes, alors que la matière créée par Dieu devait être le langage palpable de l’Esprit.
Mais l’Esprit se venge. L’homme a coupé ses liens avec la création. Ses démons ne l’ont pas abandonné. La violence est devenu son pain quotidien. La menace nucléaire est suspendue sur sa tête comme une nouvelle épée de Damoclès. La solitude n’a jamais été autant répandue depuis que les moyens de communication sont omniprésents. Psychè est toujours à la recherche d’Eros.
A Jérusalem on devine très vite que toute l’humanité est en pèlerinage vers la Jérusalem céleste. Il arrive que l’homme exilé sur la terre croit que tout lui est dû. A Jérusalem il apprend que tout est dû à l’absolu. Mais cette compréhension passe par la croix et non pas par la sagesse de l’Acropole.
La tragédie grecque devinait la condition de l’homme: elle est sans issue. Avec Jésus une percée a été opérée: le Nazaréen connaissait les secrets du coeur de l’homme et son besoin d’infini. Il n’avait pas besoin qu’on lui enseigne ce qu’est l’homme.
La tentation de s'enraciner à Athènes guette les chrétiens. Refuser le milieu juif du Nouveau Testament parce que ce dernier est écrit en grec, c’est déraciner un arbre vieux de deux mille ans. Affirmer que Paul est le fondateur du christianisme, c’est oublier que les chrétiens sont des juifs spirituels. Expliquer les récits de l’enfance par la mythologie grecque, c’est confondre le Mont Thabor et l’Olympe. Résoudre tous les problèmes d’exégèse avec l’ordinateur c’est oublier que la Parole de Dieu doit nourrir le coeur autant que l’intelligence. C'est remplacer le centaure par un autre animal qui a sur la tête un ordinateur. On a souvent l’impression que l’exégète s’interprète soi-même au lieu d’interpréter le texte sacré. Si son coeur est à Athènes, il ramène tout au monde grec et gnostique. Si son coeur est à Jérusalem, il ramène tout au centre, au nombril de la terre. Jérusalem, comme une mère, répète sans cesse que le message de l’Ecriture est orienté vers l’amour, qu’il fut proclamé pour être vécu, non pas pour être discuté.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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