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DIALOGUE « EN SITUATION » 2.

Frédéric Manns

LE jeûne de Kippour, qui rejoint cette année celui du Ramadan, veut contribuer à purifier la mémoire de tout un peuple. Pour obtenir le pardon de Dieu, le juif doit demander pardon au frère qu’il a lésé auparavant. Le talmud a forgé pendant des siècles la conscience juive privée du temple et de la terre d’Israël. La tradition rabbinique, fondatrice de l’identité juive en diaspora, perdit cependant du terrain avec le retour des Juifs dans leur pays. Avec ce retour le sionisme allait s’imposer, changer d’orientation et revenir à la tradition biblique dans une optique différente. Les guerres des rois d’Israël contre les pays limitrophes semblaient appuyer le projet sioniste. Bien sûr, les autorités rabbiniques et les yeshivot, qui souvent s’opposent au sionisme, continuent à exploiter le filon traditionnel du Talmud. L’instrumentalisation politique des récits bibliques servira la cause sioniste. La conquête de Canaan, telle qu’elle est décrite dans le livre de Josué et des Juges, allait fournir les éléments pour élaborer une théologie de la terre. Herzl dans son livre L’Etat des Juifs avait proposé par contre le modèle asmonéen. Il n’hésitait pas à affirmer : « Les Maccabées ressusciteront ».

De nombreux colons de la Cisjordanie sont en fait des juifs religieux, nés dans la diaspora. La reconquête de la terre d’Israël représente pour eux l’accomplissement d’un commandement divin. Dieu avait promis cette terre à Abraham et à ses descendants. Le modèle biblique de la conquête devenait un point de référence pour résoudre les problèmes modernes de cohabitation avec les arabes. Les conséquences néfastes que comporta pour Israël le fait de laisser subsister des populations cananéennes idolâtres dans la terre amenèrent le peuple à être infidèle à son Dieu. Pour les sionistes la croyance en l’historicité du témoignage de Josué est fondamentale, surtout après la guerre des six jours. La conquête rapide de la terre confirmait les vues sionistes de Yadin.

Un mythe pour survivre doit s’appuyer sur un texte ancien. Le récit biblique de la conquête de la terre promise allait le fournir. L’archéologie fut invoquée au secours du texte qui contient certainement des éléments historiques : nul ne conteste l’importance de Hatsor à la fin de l’époque du bronze comme l’affirme le livre de Josué 11,10. Cependant au dire de la majorité des archéologues il n’y eut pas à la fin du 13è ni au cours du 12è siècle avant J.-C. de conquête militaire de Canaan par un groupe externe. Le pays était dominé alors par l’Egypte. Les annales égyptiennes ne font mention d’aucune rébellion. De plus, les fouilles de Jéricho et d’Aï ont amené les archéologues à conclure que le récit de Josué ne répondait pas aux exigences historiques, mais avait une dimension religieuse et étiologique.

Les fouilles de Hatsor entreprises par Yadin visaient à confirmer l’historicité du livre de Josué. Ben Gourion aurait été le premier à rapprocher la conquête de Josué et la guerre d’indépendance de 1948. Yadin conclut à l’historicité de la conquête de la terre promise. Cependant les textes bibliques sont contradictoires : d’après le livre des Juges au chapitre 4, Yabin, le roi de Hatsor, opprimait encore les Hébreux à l’époque des Juges, longtemps après la mort de Josué.

A partir de ce témoignage biblique l’historien A. Alt élabora sa théorie de l’infiltration pacifique selon laquelle les Hébreux étaient des populations semi-nomades qui s’installèrent pacifiquement en Canaan et ne furent amenés à combattre les Cananéens que dans une seconde phase de la colonisation. L’archéologue juif Y. Aharoni qui fit partie de l’équipe de fouilles de Hatsor en 1955 reprit la thèse de A. Alt pour l’appliquer aux fouilles de Yadin. Sur la base de l’étude de la céramique il établit que la phase d’affrontement entre Israéliens et Cananéens avait été précédée d’une période de colonisation pacifique. Le sionisme socialiste des kibbuzim auquel appartenait Aharoni prônait, on le sait, une occupation progressive de la terre. L’archéologie israélienne était devenue ancella de la politique.

Durant les années 1980-1990 les universitaires israéliens, en particulier M. Weinfeld ont entrepris une lecture critique des textes bibliques. Grâce aux fouilles entreprises après la guerre des six jours une nouvelle théorie de l’occupation de la terre allait faire surface. Selon I. Finkelstein les premiers israélites auraient été des autochtones, des cananéens qui ne se distingueront que progressivement de leur compatriotes de la côte méditerranéenne. Les deux cent cinquante nouveaux hameaux qui apparaissent au début de la période du fer dans les hautes terres de Cisjordanie sont le résultat d’un processus de sédentarisation. Il s’agit de mouvements migratoires de faible ampleur et non d’une invasion par des populations extérieures. Plus tard des groupes issus de l’extérieur de Canaan se sont mêlés à ces proto-israélites. De nouveau il faut noter que c’est chez un archéologue autochtone que s’est développé la théorie de l’autochtonie israélite originelle. L’archéologie serait-elle conditionnée ?

Une fièvre messianique avait gagné beaucoup d’esprits après la guerre des six jours qui par plus d’un aspect ressemblait à la conquête décrite dans le livre de Josué. L’idéal qui s’imposait en face de l’occupant était alors celui qui est décrit dans le livre de Josué. Si le mythe de la conquête continue à exercer un rôle moins important, c’est parce que beaucoup d’israéliens nés dans le pays n’éprouvent plus le besoin de recourir à l’archéologie pour prouver le lien qui les unit à la terre. On assiste simultanément à un déclin de la référence à l’histoire biblique et à une permanence de référence devant justifier, en particulier pour les théologiens, le droit d’Israël à la terre.

Ajoutez à ce mythe le complexe de Masada, caractérisé par une situation désespérée d’oppression maximale du peuple juif chassé de sa terre et auquel n’est laissé d’autre alternative que le suicide, et vous obtiendrez un tableau encore plus complexe du problème de la terre. Masada et la Shoah renvoient à une commune réalité tragique, la persécution des Juifs par les Goyim.

Les mythes fondateurs de l’Israël moderne où intervinrent des chefs charismatiques sont basés sur des textes anciens dont la sacralité est reconnue par les Juifs religieux et par les Juifs laïcs. Certains lieux commémoratifs permettent à ces mythes de prendre corps. Le lien avec la terre est affirmé ainsi que l’antagonisme entre Juifs et non-Juifs. Même lorsque les travaux objectifs conduisent à une reconsidération de ces mythes, on assiste à l’émergence de contre-mythes qui témoignent de la diversité de lecture de l’histoire. Ce ne sont pas les progrès de l’historiographie qui conduisent à réviser les mythes, ce sont le plus souvent les évolutions politiques et sociales.

Il est clair que dans le dialogue inter religieux une claire conscience de ces problèmes est requise, car le dialogue est toujours déterminé par une situation concrète. Si le dialogue veut aider à dénouer les problèmes, il faut d’abord les localiser.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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