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LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX “EN SITUATION”

Frédéric Manns

LE 12 septembre le pape Benoit XVI a reçu Abdallah II roi de Jordanie en audience privée. Dans une tribune libre publiée par le Journal italien Corriere della sera le roi explique que cette rencontre avait pour objectif de repousser les tentatives des extrémistes de créer un choc des civilisations. Il faut, ajoutait-il, promouvoir le dialogue entre les religions et affirmer les valeurs de l’humanité pour combattre l’extrémisme, le terrorisme et les tentatives de porter attinte à l’image réelle de l’islam.

Quelque temps auparavant, un rapport, réalisé sous l'égide du Programme des Nations Unies pour le développement, intitulé “Le Rapport du Développement Humain dans le monde Arabe 2003”, avait été rendu public à Amman. Il approfondit une étude précédente qui identifiait les trois «plaies» du monde arabe: le manque de liberté, l'aliénation des femmes et la faiblesse des processus d'acquisition et d'usage du savoir. C’est dans ce rapport que nous puisons ces informations.

Avec quelque 270 millions d'habitants qui partagent une langue commune, le monde arabe est un désert du savoir et de la création. En raison d'un environnement culturel et politique rétif à la recherche, il ne dépose pas de beaucoup de brevets scientifiques. Il publie de moins en moins de livres, qui sont de plus en plus censurés. Quant aux nouvelles technologies, elles restent en marge de la société. Seuls 1,6% de la population a accès à Internet.

La connaissance est un instrument au service des libertés. Sa diffusion commence par l'éducation, or celle-ci suit dans la plupart des familles arabes un modèle autoritaire qui restreint l'indépendance de l'enfant et ses aptitudes sociales. Elle entretient «des attitudes passives et des maladresses dans la prise de décision, et surtout, elle affecte les capacités d'exploration intellectuelle et d'initiative». Le système scolaire ne vient pas altérer cette tendance. Le taux d'analphabétisme est élevé chez les femmes. Le déclin du nombre des étudiants de l'enseignement supérieur est grand tandis que les dépenses d'éducation sont en repli depuis 1985.

Instruments de diffusion des connaissances, les médias ne sont pas à la hauteur d'une telle mission. Le monde arabe a le taux le plus faible au monde de journaux, de radios et de télévisions par habitant. Ces médias opèrent dans un climat de censure. La plupart des radios et des télévisions sont des institutions étatiques. Cependant au cours des deux dernières années sont apparus des journaux en langue arabe basés hors de la région et des chaînes de télévision privées par satellite qui commencent à éroder le monopole des gouvernements sur l'information.

L'édition a ses problèmes. Les livres publiés dans le monde arabe ne représentent que 1,1% de la production mondiale, alors que la population constitue 5% de la population mondiale. «L'auteur d'un livre et son éditeur doivent se soumettre aux instructions de 22 censeurs, et cela empêche l'ouvrage de circuler librement à l'intérieur de son marché naturel», déclare ainsi le vice-président de l'Union des éditeurs arabes, cité dans le rapport. Et, alors que jadis tant de textes de l'antiquité grecque et romaine ont été sauvés de l'oubli grâce aux traductions arabes, celles-ci ont pratiquement disparu.
Une société du savoir dans le monde arabe, selon les auteurs, suppose une révolution culturelle qui demande que soit «délivrée la vraie religion de son exploitation politique» et que soient respectés la critique, le droit d'interprétation et de dissension, afin de retrouver une vision civilisée, morale et humaniste de l'islam.

L'époque n'est pas propice à l'ouverture. Les auteurs notent le revers que constituent les politiques adoptées par les pays arabes au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Sous couvert de lutte antiterroriste, les gouvernements ont trouvé «de nouvelles excuses pour limiter encore davantage les libertés politiques et civiles». L'Occident, dans ce contexte, porte une part de responsabilité. Les mesures qui y ont été adoptées ont particulièrement affecté les Arabes et les musulmans à l'étranger. Le nombre des étudiants originaires des pays arabes aux Etats-Unis a diminué de 30% entre 1999 et 2002. cela ne facilitera pas le dialogue entre les cultures.

En conclusion les auteurs affirment que la recherche du savoir est une obligation morale, humaniste et universelle que réclament à la fois la culture arabe, son histoire et sa religion. Pour pouvoir s’ouvrir à la démocratie, il faudrait que les pays arabes aient des démocrates. Or la plupart des démocrates arabes ont préféré aller s'installer en Europe ou aux Etats-Unis. Regroupés autour de mosquées devenues les seuls lieux d'échange, les islamistes se sont approprié le champ social.

Cela ne veut pas dire que la démocratisation du monde arabe soit impossible. Mais il n'y aura pas de démocratie sans que soit introduit d’abord un pluralisme dans la société et sans la laïcisation. Sinon tout dialogue est d’avance voué à l’échec.

Le dialogue interreligieux connaît en fait toutes les difficultés du dialogue tout court entre l’Occident et l’Orient. Mais le retard dans le domaine des connaissances et de leur transmission entraîne l'absence de démocratie et la difficulté du dialogue: tel est le constat du groupe d'intellectuels de la région travaillant pour l'ONU.


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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