Frédéric Manns
Le monde vient de rappeler le soixantième anniversaire de la seconde guerre mondiale en mai dernier. Qu’un pape allemand ait été élu dans ce contexte a de quoi surprendre. Peut-être s’agit-il d’un geste providentiel. Ce pape bavarois, en choisissant le nom de Benoit XVI, entendait ouvrir une nouvelle page de l’histoire de son peuple et de l’Europe.
Jean Paul II avait déjà précédé Benoit XVI à Cologne lors de la béatification de la sœur carmélite Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, fille du peuple juif, assistante du philosophe Edmond Husserl, convertie au catholicisme après la lecture des œuvres de Thérèse d’Avila, entra au carmel de Cologne et fut gazée à Auschwitz. Cette béatification avait été critiquée par certains Juifs qui accusaient l’Eglise de vouloir récupérer la Shoah.
Benoit XVI, en visitant la Synagogue de Cologne, affirmera de nouveau son désir de dialoguer avec les frères aînés. Il s’insérera dans une ligne qui caractérise l’Eglise depuis Vatican II et depuis la fin de la seconde guerre mondiale. L’ordre du carmel a donné deux saintes : Sœur Marie de Jésus crucifiée, une palestinienne de Galilée et Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. C’est dire que le christianisme est capable de dépasser le nationalisme, puisque dans le Christ tous sont frères et sœurs.
La culture allemande fut fortement marquée par la personnalité de Martin Luther qui a divisé l’Allemagne en protestants et catholiques. La réconciliation entre les deux confessions est en bonne voie depuis la publication du texte sur la justification, auquel Joseph Ratzinger a d’ailleurs participé. Mais entre Rome et l’Allemagne il reste une différence profonde que la culture européenne devra combler. Les théologiens protestants et catholiques en témoignent de temps à autre. Il suffitra d’évoquer Harnack, le théologien protestant, fasciné par Marcion, le premier hérésiarque chrétien qui voulut trancher les liens du christianisme avec le judaïsme. Le cas Drewermann dépasse la simple contestation de l’autoritarisme romain et se différenbcie du cas de Hans Küng. Le théologien Drewermann abandonnait la foi au Dieu transcendant de la Bible pour se transformer en mythologue. Cette apostasie n’était pas innocente, parce qu’elle s’associait à la justification de l’écologisme acharné à dénoncer l’anthropocentrisme judéo-chrétien. Une telle entreprise ne pouvait se solder que par une dérive sectaire.
Cologne, c’est enfin le lieu de la sépulture du bienheureux Jean Duns Scot que Benoit XVI, expert de la théologie franciscaine, connaît fort bien. Duns Scot n’est pas seulement le chantre de l’Immaculée Conception, c’est le grand théologien qui a su mettre le Christ au centre de sa cathédrale théologique. Ses idées originales sur la création, l’Incarnation et la rédemption qui rejoignent celles du judaïsme, mériteraient d’être développées. Les jeunes acceptent bien plus volontiers la théologie franciscaine que le thomisme trop rigide. Il suffira de rappeler que Teilhard de Chardin discutait avec le Père Allegra sur le christocentrisme de Duns Scot en Chine. Un retour à la théologie de Duns Scot pourrait donner une note originale au pontificat de Benoit XVI. Ce serait un des mérites, et non des moindres, de ces Journées mondiales de la Jeunesse.