Franciscan Custody of the Holy Land - 29/04/2001 info: custodia@netvision.net.il |
Paul, le missionnaire
by Frédéric Manns
(Studium Biblicum Franciscanum - Jerusalem)
Lexpérience du chemin de Damas allait transformer Paul en missionnaire du ressuscité. Lancien émissaire du Sanhédrin devint lenvoyé du Christ. La communauté dAntioche où Paul était lhôte comprit rapidement quelle ne pouvait pas garder le message du Christ en vases clos. Les Juifs de la diaspora attendaient la plénitude de la révélation. Barnabé, Paul et Jean Marc furent envoyés par la communauté pour proclamer que Jésus de Nazareth humilié par les hommes est le Christ ressuscité.
Au cours de la première mission en Asie Mineure, en passant par Chypre, lévangile fut annoncé dans des petits centres tels Paphos, Pergé, Antioche de Pisidie, Iconium, Lystres et Derbé. Barnabé originaire de Chypre avait la direction. Lorsque Paul prendra le commandement lors des missions successives, il agira méthodiquement. Lorsquil fondait une communauté chrétienne il choisissait des villes qui par leur position géographique, économique et culturelle constituaient des centres de rayonnement pour tout un arrière-pays. Généralement ces villes étaient des capitales des provinces de lempire.
Paul laissait derrière lui une communauté solide qui, en tant que centre missionnaire, devait propager la foi dans les villes les plus proches. Il ne voulait pas la conversion de quelques uns, mais cherchait à organiser lEglise. La ville dAntioche sur lOronte à partir de laquelle Barnabé et Paul ont accompli leur premier voyage servit de modèle. Le message fut répandu ainsi à Philippes, point de rencontre entre la Grèce et le reste du monde occidental ; à Thessalonique, capitale de la province de Macédoine, à Corinthe, capitale de la province dAchaïe, et à Ephèse qui servait de résidence au gouverneur dAsie et qui avec son Temple dArtémis était un centre important de pèlerinages.
Enfin Athènes, la ville des philosophes, allait réserver des surprises à Paul. Les philosophes ne se laissent pas facilement convaincre. Les nouveautés leur sont suspectes par principe. Une tentative dimplantation dans la capitale a probablement échoué. Sur limpossibilité de fonder une communauté à Athènes, Luc sexplique de façon magistrale dans les Actes des Apôtres 17,34. Peut-être Paul a-t-il tiré une leçon de cet échec à Athènes ? En examinant les projets de Paul on voit que son but était plutôt datteindre les ports que les capitales. En effet le message du Christ crucifié et ressuscité sest répandu dans le monde entier essentiellement à partir des ports, les plaques tournantes de la vie internationale.
Sil en est ainsi pourquoi Paul a-t-il porté lEvangile aux Galates ? Ce voyage ne correspond pas à sa tactique missionnaire (Ac 16,6-7). Paul a néanmoins évangélisé les Galates. Il semblait avoir pour dessein de traverser la Galatie et la Phrygie jusquen Bithynie qui avec ses ports offrait un intérêt apostolique. Dans sa lettre aux Galates 4,13 reconnaît que cest à loccasion dune maladie quil leur a annoncé la bonne nouvelle.
Les Actes des Apôtres rédigés par Luc révèlent une vision de lhistoire du salut centrée sur Rome. En fait Rome na pas été le but ultime de lactivité apostolique de Paul. Cette finalité aurait été en contradiction avec sa règle évangélique : en fait Rome possédait déjà une église chrétienne florissante. Lorsque Paul, avant daller à Jérusalem, écrit une lettre de Corinthe à la communauté de Rome, il ne le fait que pour annoncer son voyage missionnaire en Espagne et son passage par Rome. Le séjour projeté nest quune étape et non pas une évangélisation. Mais à Jérusalem. Paul est arrêté et son voyage se passe différemment de ce quil avait projeté. Après une traversée difficile et un naufrage à Malte où il doit passer lhiver, Paul est placé en liberté surveillée. Il est ensuite libéré. Tout ce que nous savons cest quil fut décapité hors de Rome.
En dépit de linterprétation eschatologique que Luc donne des voyages de Paul, les Actes des Apôtres 16,6-10 montrent que Paul considérait sa mission dans la partie orientale de lempire comme achevée avec la création de la communauté dEphèse. A partir de là lactivité de Paul se déroule telle quelle est racontée dans les Actes des Apôtres.
A lire ce texte on a limpression quil nexiste que des communautés fondées par Paul. Or le monde chrétien de lépoque se situait dans son ensemble en Orient, en Palestine et en Syrie, sans parler du christianisme égyptien et éthiopien. Les compagnons de Paul sont à peine mentionnés comme sils nétaient que des compagnons de voyages sans responsabilités ni initiatives.
Un autre cliché des Actes doit être revu. Daprès les Actes Paul prêche dabord méthodiquement à la synagogue et ne sadresse aux Juifs que si ces derniers refusent son message. Cette interprétation de Luc reflète la pensée de Paul : le salut est dabord offert au Juif, ensuite au non-Juif. Mais à partir du concile de Jérusalem les accords sont plus clairs. Dans la lettre aux Galates 2,8-9 Paul affirme clairement que sa mission est pour les païens. Il nest pas faux de dire que Paul a commencé à prêcher à la synagogue. Mais cest dans les synagogues quil rencontre les craignant-Dieu, les païens sympathisants du judaïsme. Pour Paul la crucifixion de Jésus est déjà un appel vers les païens (Ga 3,13-14).
Paul considérait son travail achevé dans la partie orientale de lempire avec la fondation de la communauté dEphèse. Avant de se rendre à Jérusalem il se trouva confronté aux crises les plus graves de sa vie missionnaire : ces crises affectaient les communautés de Galatie, de Corinthe et dEphèse.
Des rapports lui étaient parvenus selon lesquels des missionnaires étrangers attaquaient son évangile. De même que Paul nintervenait pas dans les communautés fondées par dautres, de même il nacceptait pas dingérence étrangère. Lévangile quil annonçait il lavait reçu de Dieu même. Le fait dêtre affronté à des schismes naissants dans lEglise lui montre ce que peut signifier une séparation dans lEglise.
Des difficultés de tous ordres avaient surgi en Galatie, à Corinthe et à Ephèse. Cest au cours de cette période difficile que Paul écrit ses lettres à Corinthe, son épître aux galates et aussi aux Philippiens.
Lépître écrite de Corinthe à Rome est une préparation à ce qui devait sauver la deuxième partie de son apostolat : une mise en forme des thèmes de lEvangile quil avait propagés dans la partie orientale de lempire. Paul traite les problèmes brûlants de la foi et nous connaissons son intention dannoncer lEvangile aux limites du monde occidental (Rom 15,24-28).
Les Actes des Apôtres racontent innocemment que Paul, en route vers Jérusalem, évite lescale dEphèse pour gagner du temps (20,16), mais que toutefois il envoie un messager pour inviter les chefs de la communauté à lui rendre visite à Milet. Dans le testament que Paul leur fait la réalité douloureuse que Paul vit est décrite comme un événement menaçant à venir : « Je sais quaprès mon départ des loups féroces sintroduiront parmi vous qui népargneront pas le troupeau ». Dans la deuxième lettre à Timothée Paul confesse: « Tu le sais, ceux dAsie mont abandonné ». La révolte des orfèvres dEphèse ne suffit pas à expliquer lattitude de Paul. Paul sest heurté aux anti-pauliniens et aux pseudo-pauliniens. Des gens qui se réclamaient de son Evangile de liberté répandaient un enseignement que Paul devait repousser. La doctrine paulinienne de la justification par la foi prend dans les épîtres aux Galates et aux Romains la forme dun thème théologique en raison des difficultés rencontrées en Galatie et à Corinthe. Pour Paul il ny a quun chemin vers le salut : Jésus dont la grandeur sest révélée dans son abaissement.
La lettre de Jacques propose une théologie différente de celle de Paul. Pour Jacques on nest heureux que par les oeuvres. Jacques ne sattaque pas à Paul, mais à un paulinisme mal compris. Mais il est significatif que Jacques dans son enseignement de la justification par les oeuvres personnelles, tout comme Paul dans son enseignement sur la justification par la foi, citent le même verset de lEcriture relatif au consentement dAbraham à sacrifier Isaac (Rom 4 et Jc 2,21-23). Tous deux citent Gen 15,6. Paul conclut en Rom 3,28 : « Donc sans les oeuvres », tandis que Jacques 2,24 affirme : « Non pas sans les oeuvres ». Jacques met en relation Gen 22,9 et Gen 15,6. Le consentement dAbraham au sacrifice de son fils est une oeuvre et cest la raison de sa justification. Dautre part Abraham a fait confiance à Dieu. Dans la justification apparaît une synergie, une union de la foi et de laction. Dans les oeuvres la foi agit (Jc 2,22). Pour Paul aussi la foi dans le Christ exige les oeuvres (Rom 3,20) et saccomplit dans lamour. La collecte quil organise pour lEglise de Jérusalem fait partie de son évangile. Jacques ne combat pas le christianisme paulinien, mais propose une tradition chrétienne différente.
La manifestation actuelle du Règne du Christ est chez Paul une idée force. Le Christ exerce dès maintenant son pouvoir comme chef de lEglise qui est son corps. Par le baptême le croyant meurt avec le Christ, se libère du péché et ressuscite avec le Seigneur (Col 2,12). Dès maintenant les baptisés sont déjà assis avec le Christ à côté du Père et attendent la révélation de ce quils sont déjà. Ils participent à la souffrance du Christ, car la souffrance découle de lengagement total pour le bien, le bien du Royaume de Dieu.
On parle beaucoup de nouvelle évangélisation ces derniers temps. Une des plus belles figures dévangélisateur reste celle de Paul : sa foi au Ressuscité, son dynamisme, son talent dorganisateur sont encore lobjet dadmiration de beaucoup dEglises locales et peuvent inspirer aujourdhui les générations nouvelles.
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