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LA FOI DUN PÈRE |
Au lendemain de la Transfiguration se déroula, au pied du Thabor, une scène dépeinte par Marc avec un réalisme puissant (Mc 9,14-29).
Jésus, arrivé au bas de la montagne, va se voir plongé dans une grande discussion que ses disciples ont engagée avec les scribes. La foule qui les entoure, toute surprise dapercevoir Jésus, court à sa rencontre et le salue. Jésus demande alors à ses disciples: "De quoi disputez-vous avec eux ?" Une voix, jaillie de la foule, sécrie: "Maître, jai amené ici mon fils unique, possédé par un esprit muet". Et le voilà évoquant avec ardeur le drame du pauvre garçon: "Quand lesprit sempare de lui, il le jette à terre; lenfant écume, grince des dents et devient tout raide. Jai demandé à tes disciples de chasser cet esprit, mais ils ny ont pas réussi.ª Et, en effet, les disciples ont bien dû, en cette occasion, reconnaître leur impuissance.
Le pouvoir de chasser les démons
Depuis quelque temps déjà, Jésus avait donné aux douze le pouvoir de chasser les esprits impurs et ils étaient partis en mission, deux par deux, chassant les démons et guérissant les malades (Mc 6,7-13). Dans le cas présent, lesprit muet du garçon semblait plus fort et résistait aux disciples. Doù, sans doute, cette discussion engagée avec des scribes plutôt moqueurs.
Et voici que, tout à coup, Jésus simpatiente et sen prend à tout le monde: aux siens, aux scribes et à la foule qui lentoure. Chose bien surprenante, quelques heures seulement après la Transfiguration. Nempêche que ses paroles explosent avec une subite violence: "O génération incrédule et pervertie, jusques à quand serai-je près de vous et vous supporterai-je ?" En cet instant prévaut ici laspect humain de Jésus qui nous le rend si cher et si proche non seulement comme Dieu et Seigneur mais comme vrai homme, exempt du péché certes, mais limité dans sa chair.
La patience a des limites
Ce moment éprouvant, enregistré par les trois synoptiques, apparaît comme une trouée sur une souffrance inattendue.
Nous lavons vu multiplier les guérisons, infatigable et apitoyé par ces foules qui courent à lui et même le précèdent; criant sa joie lors du retour de ses disciples: mission accomplie! expansif et affectueux avec les enfants, patient avec les malades, aimable avec les femmes; convive sympathique et causant. Aurions-nous jamais pensé quil lui en coûtât de nous supporter, dendurer tant de fatigues, de peiner en notre compagnie, que le temps passé parmi nous fût pour lui si éprouvant . Sil avait traité les pharisiens dhypocrites et de sépulcres blanchis, à nous il navait jamais dit de façon aussi explicite que nous étions incrédules, pervertis, insupportables.
Voilà ce que nous sommes pour lui! Dignes héritiers de nos ancêtres bibliques qui agissaient de même avec Yahvé. Pourtant le Fils a donné sa vie pour nous et cest le Père qui nous la envoyé. Aussi cet accès ne dure-t-il quun instant. Jésus na pas oublié le pauvre garçon: "Amenez-le-moi, ajoute-t-il." On le lui amène. A peine le garçon aperçoit-il Jésus que lesprit le tord convulsivement, le jette à terre où il se roule, lécume aux lèvres.
Jésus, le guérisseur
Jésus demande alors au père: "Depuis combien de temps souffre-t-il de la sorte?" Et le pauvre homme de préciser que cela date de sa petite enfance, que lesprit mauvais sempare de lui et le jette tantôt dans le feu, tantôt dans leau pour le faire périr. Quon imagine ce drame quotidien, ces années passées dans lanxiété, la détresse et la peur, dans limpuissance et le désespoir. "Ah ! soupire le père, si tu peux quelque chose, viens à notre aide, aie pitié de nous." Ah! Comme ce "nous" est éloquent! Comme il met bien en valeur cette union profonde des parents avec leur petit, leur souffrance partagée!
"Si tu peux!" sexclame Jésus. "Tout est possible à celui qui croit." A linstant même, le père se rend compte que le miracle souhaité dépend de lui. La foi éclate comme un coup de foudre, mais comment juger de son intensité? est-elle suffisante?
Une ancienne version rapporte que "tout en larmes" lhomme crie alors son désespoir de ne pas être à la hauteur : "Je crois, mais viens en aide à mon peu de foi."
Ce cri, jailli des profondeurs, ne serait-il pas aussi le nôtre? Certes, nous avons la foi, mais nous ne nous fions pas à elle. Et, par ricochet, nous ne nous fions pas à Dieu. Autant dire que la foi est absente même si, du fond du coeur, nous espérons. Que de contradictions dans nos esprits!
Jésus, lexorciste
Entre temps, laffluence a grandi, la scène arrive à son point culminant . Jésus va la clore de façon définitive. Il menace lesprit impur, lui disant: "Esprit muet et sourd, moi, je te lordonne, sors de lui et ny rentre plus." Après avoir poussé des cris et secoué lenfant avec violence, lesprit sortit. Lenfant parut comme mort si bien que la plupart des gens disaient: "Il a trépassé." Mais Jésus, par un geste sauveur qui lui était habituel (Mc 1,31; 5,41-42), prit le garçon par la main, le releva. Désormais délivré, lenfant se tint debout, bien portant. Le drame a pris fin et un retour du démon nest plus à craindre (Lc 11,24; Mt 12,43). En le rendant à son père, Jésus confiera à ses disciples que "ce genre de démon ne peut être expulsé que par le jeûne et la prièreª.
Ceci dit, revenons-en à ce cri jeté par le père de lépileptique (Mt 17,15), qui nous concerne tous. Nous sommes tous persuadés davoir la foi. Lorsque tout va bien, selon notre gré, nous nous sentons en sécurité. Trop sûrs de nous-mêmes, nous néprouvons pas le besoin de Dieu. Mais, dès que les choses vont mal, nous nous accrochons à la foi, sans trop savoir si celle que nous avons est authentique ou du moins suffisante.
La foi à transporter les montagnes
Jésus nous dit clairement dans lévangile que si nous avions une foi pas plus grosse quun grain de sénevé (à peine visible à loeil nu), nous déplacerions une montagne et que rien ne nous serait impossible (Mt 17,20). Hélas ! Si la montagne ne se déplace pas aussitôt, nous voilà en difficulté. Nous jugeons notre foi insuffisante et nous ne savons comment faire pour en avoir davantage. Si, daventure, quelquun cherche à nous réconforter en nous assurant que la foi est un don de Dieu, nous restons pantois: nous fera-t-il ce cadeau ? Et quand ? Et comment ?
Chacun sait quau baptême on reçoit le don de la foi, ce qui veut dire quà partir de ce moment on fait partie, une fois pour toutes, de la famille des croyants. Cela nest pourtant vrai que dans une certaine mesure, car la foi reçue au baptême nest quun commencement. Doù, au cours de la cérémonie, linsistance sur le rôle quauront à jouer parents, parrain et marraine. Cest à eux, en effet, quil appartient de veiller à lentier développement de cette foi jusquau jour où lenfant fera sa rencontre personnelle avec Jésus.
Croire, cest sabandonner à Jésus
La foi, ne loublions pas, dépasse de loin la simple croyance aux vérités énoncées dans le Credo. Avoir la foi, cest croire que Dieu a tant aimé le monde quil lui a donné son Fils unique, non pour le condamner, mais pour que, par lui, il soit sauvé (Jn 3,16).
Croire, cest sabandonner à Dieu, se laisser conduire par lui, se sentir toujours plus sûr de son amour et rester ferme dans le halo de sa lumière, acceptant de sa part tout ce qui nous arrive, même si cela nous contrarie, avec la certitude que son dessein divin vise à notre plus grand bien.
Croire, cest avoir une confiance illimitée dans le Christ Jésus. Mais on ne lobtient pas si lon naime pas: lamour est un présupposé indispensable. Cest lamour et la persévérance qui nous donneront lassurance dans notre cheminement vers le Royaume des Cieux et la vie éternelle: nous lespérons car Dieu est fidèle dans ses promesses.
© copyright 1999
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Created / Updated Saturday, April 03, 1999 at 17:41:47 by John Abela ofm for the Maltese Province and the Custody of the Holy Land This page is best viewed with Netscape at 640x480x67Hz - Space by courtesy of Christus Rex |