"You are looking for Jesus the Nazarene, who was crucified.
He has risen! He is not here. See the place where they laid him. " (Mark 16,5)

RESURREXIT SICUT DIXIT. ALLELUIA!

Revivre la Mort-Résurrection
du Christ dans la liturgie de Jérusalem


Paul Sylvestre, ofm

Naissance et re-naissance

Au soir du 11 janvier 1998, voici que la célébration du baptême du Seigneur a bouclé la boucle du cycle de la Nativité. Noël et l'Épiphanie en étaient les sommets. Ont suivi, cette année, six semaines intercalaires. Dans le circuit liturgique de l'année, où l'on revit l'ensemble des mystères du Christ et du chrétien, nous avons alors le Temps Ordinaire, celui qui fait la jonction entre le cycle de Noël et celui de Pâques.

the tomb of the Lord

A Jérusalem, le Chemin de croix du vendredi à 3 h de l'après-midi, à travers ruelles et souk, au beau milieu des colporteurs et des commerçants, du brouhaha et du branle-bas, finit toujours par atteindre le Saint-Sépulcre. Au cours de ces six semaines d'intervalle, en dehors des églises, le Chemin de la croix du vendredi est le grand rappel de la mort-résurrection du Seigneur. Il y a là un pèlerinage qui porte toutes les marques du pardon et de la conversion, avec les 9 arrêts en cours de route et les 5 dernières stations à l'intérieur du Saint-Sépulcre. Et quand arrive le mercredi des Cendres, cette année le 25 février, nous entamons la montée vers Pâques. C'est déjà l'escalade vers la grande re-naissance.

Processions et veillées

Les cinq premières semaines du carême qui se soudent à la Grande Semaine sont ponctuées par les célébrations du samedi et du dimanche. A Jérusalem, ce week-end liturgique prend un relief particulier. Le samedi, en après-midi, en compagnie du Patriarche, l'on se rend au Saint-Sépulcre pour la procession solennelle autour des 14 petits sanctuaires de la grande basilique. Nous avons ici la reprise de la procession quotidienne de 16 h pour franciscains et pèlerins. Mais, durant les week-ends du carême, cette procession toujours au flambeau prend une solennité particulière. Tout au long du parcours qui va de la chapelle de l'Apparition du Christ ressuscité à sa mère, en passant par le déambulatoire et la descente aux deux cryptes puis la remontée au calvaire pour aboutir au saint tombeau, on y chante de magnifiques hymnes latines qui évoquent le mystère de chacune des stations. Le latin et le grégorien rappellent un autre âge liturgique. Mais l'alternance dans le chant des 23 séminaristes du patriarcat et des 37 jeunes théologiens franciscains, d'une part, avec les voix cristallines des petits écoliers qui ont autour de 10 ans, d'autre part, redonne un élan et une relance à ces hymnes, pleines d'évocations, qui y retrouvent leur éternelle jeunesse.

Le week-end du carême est aussi marqué par le veillée, au milieu de la nuit. Cette fois, c'est autour du Custode de Terre Sainte que se joignent les franciscains. Comme on le suppose, les religieuses et les laïcs y sont moins nombreux que pour la procession de l'après-midi. Mais la chapelle de l'Apparition est toujours bondée. L'heure liturgique des Lectures forme le coeur de la cérémonie. A quoi vient s'ajouter la triple ronde autour de l'édicule du saint Tombeau. Les allées et venues en partant du Patriarcat ou de Saint-Sauveur jusqu'au Saint-Sépulcre, de même que les marches solennelles autour du Tombeau, sont toujours précédées par la kawas. Il s'agit d'une garde de deux suisses, fez en tête, cimeterre en bandoulière, qui revêtent pour l'occasion les livrées des janissaires de l'empire ottoman. A Jérusalem, toute procession religieuse chrétienne s'accompagne de cette garde, souvenir d'une protection jadis nécessaire et qui est aujourd'hui une simple escorte d'honneur.

La Grande Semaine

Les sept jours de la semaine divisent les lunaisons en quatre quartiers; ils rappellent aussi les sept jours de la création. Au cours de la Grande Semaine préparatoire à Pâques, ces sept jours nous permettent de revivre, à tour de rôle, les étapes de la mort-résurrection du Christ. A Jérusalem, les célébrations qui s'y déroulent couvrent tout l'espace des lieux saints et occupent tout ce laps de temps. Ces jours de rappel s'attachent aux lieux authentiques et donnent ainsi aux souvenirs évoqués une actualisation et une revitalisation particulièrement prégnantes.

C'est toujours autour de l'eucharistie que se réalise l'actualisation du mystère pascal, où passion, mort et résurrection sont concourantes et convergeantes. La solennité des messes dominicales du carême, célébrées à l'autel de l'Apparition du Christ ressuscité à Marie-Madeleine, préludaient déjà aux eucharisties de la Semaine sainte.

Les Rameaux du 5 avril. A la messe de la bénédiction des palmes, célébrée face à l'édicule du Tombeau, nous commençons d'expérimenter l'exiguïté des lieux, qui se poursuivra au cours de toutes les autres célébrations de la semaine. Il y a une valeur symbolique dans cet entassement autour de l'endroit de la Résurrection, où chacun prend sa place dans un rassemblement serré et chaleureux.

Au début de l'après-midi, la procession s'ébranle à partir du sanctuaire de Bethphagé, là où Jésus est monté sur l'ânon, ovationné par la foule en délire. Le long défilé avec son panache de palmes et de rameaux traverse le village d'el-Tur, descend le mont des Oliviers jusqu'à Gethsémani, puis remonte la pente pour entrer dans la Ville Sainte par la porte Saint-Étienne. Les chants en arabe, en italien et en latin, scandent la longue marche, sous le beau soleil d'avril, jusqu'à la place de Sainte-Anne, où le Patriarche termine la célébration.

Le Lundi saint, 7 avril. Marches, processions, pèlerinages vont continuer au cours de toute la semaine. Il y a toute une symbolique dans ces pérégrinations et ces déplacements, une symbolique qui fait penser à la randonnée de chaque être humain, à travers l'espace de sa vie. Toute excursion veut atteindre un but. Pour le disciple du Christ, le bout de la course sera la pleine participation à la Résurrection. En ce lundi matin, le pèlerinage va aboutir à la 5e Station, là où le Cyrénéen est forcé de prêter main-forte en soulageant Jésus du poids de sa croix. L'eucharistie, elle, a lieu, dès le petit matin, à la chapelle de la crucifixion, dans la galerie du Calvaire.

Le Mardi saint, 8 avril. Puis nous avons le pèlerinage à la chapelle de la Flagellation et du Couronnement d'épines, qui donne sur la Via Dolorosa. La décoration de cette petite église franciscaine remémore la flagellation dans la belle verrière de l'abside, et la couronne d'épine dans la voûte surbaissée au-dessus de l'autel.

Le Mercredi saint, 9 avril. Cette fois, Gethsémani commence la journée. Tôt le matin, c'est le pèlerinage à la basilique de l'agonie. De là, les pèlerins se rendent au Saint-Sépulcre pour la vénération de la colonne de la flagellation. Cette relique se trouve dans la chapelle de l'Apparition; elle est l'objet d'une particulière attention qui s'étend sur toute la journée.

A 15 h, Sa Béatitude le Patriarche fait son entrée au Saint-Sépulcre; il y présidera l'office des Ténèbres. Nous avons ici l'heure liturgique des Lectures, dans la forme qu'elle avait, au cours des années qui ont précédé la réforme liturgique d'il y a maintenant près de 30 ans. On peut s'étonner de ce conservatisme des célébrations du triduum pascal au Saint-Sépulcre. C'est que la cohabitation de six communautés chrétiennes ayant chacune sa liturgie propre, à l'intérieur du Saint-Sépulcre, a obligé ces dernières à se soumettre à une répartition fixe des lieux et des temps. Le statu quo a donc arrêté les lieux et les temps des célébrations pour chacune des six communautés, par décret civil en 1852. Vouloir défaire et refaire ce quadrillage compliqué serait s'enferrer dans d'interminables négociations. C'est pourquoi, il faut bien se réconcilier avec des célébrations, fort belles en soi et qui se font par ailleurs avec grande dignité, mais qui gagneraient à prendre place en soirée plutôt que tôt le matin.

Le Jeudi saint, 9 avril. Si le moment de la messe chrismale, célébrée face à l'édicule du Tombeau, prend place aux petites heures, au lieu de se situer en soirée, comme on le souhaiterait, l'ensemble de la célébration cependant, parce qu'elle se fait en latin et en grégorien, garde un caractère d'universalité qui n'est pas pour déplaire. On y a fait aussi des ajustements de bon aloi, où la réforme liturgique n'est pas systématiquement exclue.

A la fin de la messe pontificale, la procession avec le Saint-Sacrement fait trois fois le tour de l'édicule, puis la sainte Réserve est déposée sur la pierre du Tombeau jusqu'au vendredi matin.

Tôt dans l'après-midi, ont lieu le lavement des pieds et l'office des Ténèbres du Vendredi saint. On appelle cet office les Ténèbres, parce qu'il se célébrait dans l'obscurité de la nuit. Le triangle portant les cierges était la seule lumière dont avait besoin le lecteur, les moines connaissant par ailleurs les psaumes par coeur pouvaient se passer d'éclairage.

En fin d'après-midi, il y a pèlerinage au Cénacle, le lieu authentique de la dernière Cène. Tandis que les adorateurs vont se succéder au saint Tombeau, la procession s'ébranle, à partir de Saint-Sauveur, à 19h30, pour se diriger à la basilique de Gethsémani pour l'heure sainte.

Le Vendredi saint, 10 avril. La concélébration du Jeudi saint qui permettait d'accueillir une cinquantaine de prêtres est , aujourd'hui, plus limitée. L'office a lieu à l'autel de la crucifixion, à l'étage du Calvaire. Au temps marqué, on va chercher la sainte Réserve au Tombeau; puis c'est la procession autour de la rotonde et autour de la pierre de l'Onction, avant de remonter à la hauteur du Calvaire.

Le Chemin de la croix prend place en fin de matinée, car c'est le moment le plus indiqué dans cette journée particulièrement chargée. En après-midi, les Ténèbres du Samedi saint ont leur place, au même moment que les deux jours précédents.

En soirée, le Père Custode préside la paraliturgie de la descente de la croix et de la mise au tombeau. De la chapelle de l'Apparition, on prend le déambulatoire puis on monte au Calvaire pour redescendre à la pierre de l'Onction. Ce pèlerinage autour de la basilique du Saint-Sépulcre est marqué par une dizaine d'arrêts où un extrait de l'évangile selon S. Jean est proclamé en différentes langues, par divers lecteurs qui font la lecture, chacun dans sa langue maternelle. Le corpus, détaché de la croix, est oint et parfumé sur la pierre de l'Onction pour être ensuite déposé sur la pierre du Tombeau.

Le Samedi saint, 11 avril. Au petit matin, c'est la célébration du Feu nouveau, de la Lumière, de la Parole et de l'Eau. Suit la messe pontificale. Au Gloria, les cloches restées muettes se mettent à carillonner de plus belle, tandis que l'organiste déploie toutes grandes les orgues pour remplir la basilique de la joyeuse mélodie de Pâques. En après-midi, a lieu la procession à toutes les chapelles de la basilique, comme tous les samedis du carême. De même que pour les dimanches du carême, il y a la veillée de prière. Au milieu de la nuit, ce sont les Matines de Pâques avec la procession autour de l'édicule du saint Tombeau.

Le dimanche de Pâques, 12 avril. Comme on l'a fait durant le triduum pascal, Sa Béatitude le Patriarche entre à la basilique, dès 6 h 30 du matin, pour y présider la messe pontificale. La concélébration répète le déploiement du Jeudi saint. Le nombre des concélébrants est, cette fois encore, limité à une cinquantaine. Tous arrivent à trouver une place dans l'étroit espace qui sépare le choeur des Grecs de l'édicule du Tombeau. Les autres participants doivent se tenir debout, comme tout au long de la Semaine sainte, pour des cérémonies qui excèdent toujours les deux heures. Là encore, en fin de célébration, nous avons la procession autour de la rotonde et à la pierre de l'Onction.

Du Joyeux Pâques aux Joyeuses Pâques

Après trois mois francs où s'est déroulé le cycle pascal, la fête de la Pentecôte du 31 mai va clore les festivités. Mais avant que ne s'achève la journée de la fête, il y aura pèlerinage au Cénacle. Et nous pourrons monter à la salle dite du Saint Esprit, où d'après la tradition a eu lieu la descente de l'Esprit sur les Apôtres. Les autres fêtes qu'entraîne la date de Pâques sont le dimanche de la Trinité, le 7 juin, la fête du Corps et du Sang du Christ, le jeudi 11 juin et celle du Sacré-Coeur, le vendredi 19 juin suivie de la fête du Coeur immaculé de Marie, le samedi 20 juin. Tel est le cycle de Pâques et son extension au cours de juin.

Voilà les grandes étapes du mystère de la mort-résurrection du Christ, telles que nous les revivons dans la liturgie de Jérusalem. En souhaitant à tous de JOYEUSES PÂQUES, au coeur des Lieux Saints, nos souhaits veulent être une prière.

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     Created / Updated Saturday, March 28, 1998 at 19:26:25
     by John Abela ofm for the Maltese Province and the Custody of the Holy Land
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