Paris pose la question du retrait américain d'Irak

Le Monde

28 Septembre 2004

En réponse à l'initiative de Washington, qui a préconisé vendredi l'organisation prochaine d'une conférence internationale sur l'Irak, le ministre des affaires étrangères français, Michel Barnier, a indiqué lundi 27 septembre que la question du retrait des forces armées américaines "devra figurer à l'ordre du jour d'une telle conférence, si on veut qu'elle ait lieu". Refusant de se prononcer sur la possible instrumentalisation de cette conférence par l'administration Bush, en pleine campagne électorale, Paris a posé en outre plusieurs conditions à son organisation.

La France a posé ouvertement, lundi 27 septembre, la question du retrait des forces américaines d'Irak, en demandant qu'elle soit inscrite à l'ordre du jour de la conférence internationale désormais préconisée par Washington.

"C'est une question qui devra figurer à l'ordre du jour d'une telle conférence, si on veut qu'elle ait lieu", a ainsi déclaré le ministre des affaires étrangères français, Michel Barnier.

Pour le chef de la diplomatie française, la question d'un retrait américain est "déjà posée par la situation", "celle du chaos en Irak avec une insécurité généralisée, y compris dans la 'zone verte'", de Bagdad où se trouvent le gouvernement intérimaire irakien et l'ambassade des Etats-Unis.

Preuve de la détérioration de la situation, le secrétaire à la défense américain, Donald Rumsfeld, a lui-même laissé entendre vendredi que les Etats-Unis pourraient commencer à retirer leurs troupes d'Irak avant que le pays soit complètement pacifié.

"Toute idée selon laquelle le pays doit être parfaitement pacifié avant que nous réduisions les forces américaines et de la coalition serait évidemment, je pense, déraisonnable, car ce pays n'a jamais été parfaitement paisible et ne le sera vraisemblablement pas", avait-il déclaré.

Trente-deux pays disposent actuellement de troupes en Irak, déployant au total plus de 160 000 soldats dans le cadre de la coalition placée sous le commandement des Etats-Unis, qui en ont près de 140 000 à eux seuls.

PAS DE POLÉMIQUE SUR LA POSSIBLE INSTRUMENTALISATION

Washington a effectué, vendredi 24 septembre, un tournant sur l'Irak en soutenant, à cinq semaines de l'élection présidentielle américaine, la tenue dès octobre d'une conférence internationale, une idée défendue par la Russie, puis par la France dès novembre 2003. Le candidat démocrate, John Kerry, l'avait récemment prise à son compte.

Dimanche, le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a souligné que la conférence "pourrait se dérouler en octobre, comme nous l'espérons, ou au début novembre", c'est-à-dire si possible avant les élections américaines, prévues le 2 novembre. Il a ajouté qu'elle "pourrait être organisée dans la région, et quelques villes ont été évoquées, comme Amman ou Le Caire".

M. Barnier n'a pas voulu entrer, lundi, dans la polémique sur une éventuelle instrumentalisation de la conférence internationale à des fins électorales par l'administration Bush. La question-clé est "comment la réussir, la rendre utile", a-t-il fait valoir.

PARIS POSE PLUSIEURS CONDITIONS

Le ministre a ainsi demandé que "soient inclus les différentes communautés et les pays de la région", ainsi que "l'ensemble des forces politiques (irakiennes), y compris celles qui ont choisi la voie de la résistance par les armes".

Une conférence à laquelle ne seraient conviés que le gouvernement provisoire irakien et les pays de la région ne serait en effet pas crédible, estime-t-on au Quai d'Orsay.

Mais la question du retrait des forces de la coalition est pour la France tout aussi vitale. Il est "aux termes même de la résolution 1546 une question qui se pose", a rappelé lundi le porte-parole du ministère des affaires étrangères français, Hervé Ladsous.

Dans le cadre de cette résolution adoptée à l'unanimité le 8 juin, le mandat de la coalition "sera réexaminé à la demande du gouvernement ou douze mois après la date de l'adoption de la présente résolution".

Pour mieux rappeler ce contexte, la France préférerait que la conférence se réunisse au siège de l'ONU à New York, lieu hautement symbolique. "Le seul lieu est celui de New York, des Nations unies", a déclaré lundi Michel Barnier.

Mais la France pourrait être favorable à ce qu'elle se tienne dans une capitale de la région si un consensus se dégageait en ce sens. "S'agissant des modalités de cette conférence, il est clair que celles-ci doivent faire l'objet d'une concertation approfondie qui ne fait que commencer", a précisé le porte-parole du Quai d'Orsay.

Lundi à la mi-journée, une source à la présidence de la république égyptienne a indiqué que la conférence internationale regroupant les voisins de l'Irak et les pays du G8 se tiendrait à la mi-octobre au Caire et qu'elle discuterait d'"un point unique : la possibilité de tenir des élections générales" en janvier 2005 en Irak.