Les alertes américaines soulèvent la suspicion en Europe

LE MONDE | 09.08.04 |

Des responsables antiterroristes craignent que la décision de la Maison Blanche d'élever le niveau d'alarme face à une menace ait été influencée par l'échéance de l'élection présidentielle, le 2 novembre. Les services font face à des demandes contradictoires de la part des autorités politiques.

Les assurances de l'administration Bush sur la réalité des menaces ayant provoqué l'alerte sur la possibilité d'un attentat visant les institutions financières de Washington et de New York n'ont pas levé le doute planant sur leur authenticité.

La conseillère présidentielle pour la sécurité intérieure, Frances Fragos Townsend, a affirmé "avec certitude", dimanche 8 août, que le relèvement du niveau de l'alerte, le 1er août, a permis de "déjouer" un complot terroriste. "La question est de savoir s'il a été entièrement déjoué ou partiellement déjoué. L'enquête vise à le déterminer", a-t-elle ajouté sur la chaîne de télévision Fox News. Selon des sources à la Maison Blanche citées par divers organes de presse, les menaces auraient également visé, outre les sièges d'institutions financières, le Capitol, où siège le Congrès américain.

De plus, rapporte le New York Times, lundi 9 août, citant des responsables de la sécurité, les renseignements récoltés à la faveur des récentes arrestations de présumés terroristes à Londres et au Pakistan auraient permis de découvrir un plan visant à s'emparer d'hélicoptères civils pour perpétrer des attaques terroristes.

De nouvelles mesures devraient intervenir dans les prochains jours pour contraindre les opérateurs d'hélicoptères de New York à procéder à des contrôles semblables à ceux en vigueur dans les aéroports, selon des responsables cités par le journal. Le quotidien précise toutefois que plusieurs opérateurs d'hélicoptères de Manhattan ont indiqué ne pas avoir reçu de mise en garde en ce sens de la part des autorités.

Arrestations. C'est l'arrestation, le 13 juillet, à Lahore, au Pakistan, de Mohammed Naim Nour Khan, un informaticien âgé d'environ 25 ans, qui semble avoir provoqué les arrestations en série des derniers jours. Il se serait rendu à quatre reprises à Londres à partir de 2001 et aurait également fréquenté assidûment la région du Waziristan, la zone tribale du Pakistan où opéraient de nombreux membres présumés d'Al-Qaida avant une récente offensive pakistanaise. Les enquêteurs pakistanais disent avoir trouvé sur son ordinateur des photos de l'aéroport de Heathrow, à Londres, ainsi que des plans de souterrains situés sous des immeubles de la capitale britannique. Les enquêteurs américains cités par la presse américaine concèdent ne pas avoir déterminé si Nour Khan représente en lui-même la deuxième filière de renseignement à laquelle ils ont fait allusion au cours des derniers jours pour affirmer que les craintes ayant provoqué l'alerte étaient corroborées par de récentes découvertes.

Les services pakistanais reprochent aux Américains d'avoir torpillé les recherches en laissant connaître à la presse l'arrestation, qu'ils n'avaient pas rendue publique.

Deux arrestations subséquentes découlent de celle de Nour Khan :

à Londres, après l'examen des disques informatiques du Pakistanais, l'arrestation de treize personnes, le 3 août, aurait, selon les services britanniques, permis de mettre la main sur au moins une figure importante de cette branche de la mouvance Al-Qaida : Eisa Al-Hindi, ou encore Abou Issa (ou Moussa) Al-Hindi, fils d'immigrés indiens avec qui Nour Khan aurait été en contact par messagerie électronique.

au Pakistan, à Gujrat (Pendjab), Ahmad Khalfan Ghailani, un Tanzanien, marié à une Ouzbek - ce qui laisse supposer une fréquentation du Waziristan ; sa "spécialité" serait les faux papiers d'identité. Comme Nour, il correspondait beaucoup avec de présumés sympathisants d'Al-Qaida aux Etats-Unis, en Europe et en Asie du Sud-Est, selon les enquêteurs. - (Corresp., AFP, NYT.)