La Conférence nationale irakienne envoie une délégation de la dernière chance à Nadjaf

Le Monde

17 Aôut 2004

Des combats sporadiques mais très violents se sont produits lundi dans le centre de Nadjaf, où sont retranchés des miliciens chiites radicaux, alors que la Conférence nationale a repoussé à mardi sa mission dans la ville pour tenter d'éviter une offensive américaine massive.

La Conférence nationale, qui réunit à Bagdad jusqu'à mardi un millier de délégués venus de l'ensemble de l'Irak, a décidé d'envoyer une délégation auprès du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr pour lui demander de déposer les armes, de retirer sa milice du mausolée de l'imam Ali à Nadjaf et de transformer celle-ci en parti politique.

Prévue initialement lundi, cette mission devrait finalement se rendre mardi dans la ville sainte, a déclaré Fawzi Hamza, un membre de la délégation. "Nous n'avons pas fini nos préparatifs, mais nous prévoyons d'y aller demain (mardi) matin", a ainsi affirmé Fawzi Hamza.

M. Fawzi a espéré que ce message sera bien reçu par Moqtada Al-Sadr. "Même s'il est vrai qu'il reflète le point de vue du gouvernement, cela représente aussi la volonté du peuple", a-t-il estimé. "C'est écrit d'une manière raisonnable qui ne va pas le contrarier", a-t-il ajouté. M. Fawzi a indiqué avoir obtenu des garanties que les opérations militaires seraient suspendues durant la visite de la délégation pour lui donner une chance de réussir.

PAS D'AUTRE CHOIX

Le vice-premier ministre Barham Saleh a indiqué que si Moqtada Al-Sadr refusait cette initiative, le gouvernement n'aura d'autre choix que de lancer l'assaut contre l'Armée du Mahdi. "Nous espérons qu'il acceptera, sinon le gouvernement sera obligé au nom du peuple et conformément aux décisions de la conférence d'agir car il ne peut y avoir de milice ne respectant pas la loi", a-t-il lancé en marge de la Conférence.

La tâche s'avère d'autant plus ardue qu'un porte-parole de Moqtada Al-Sadr a indiqué que le retrait de la milice de Nadjaf était du seul ressort de la Marjaïya (la plus haute autorité religieuse chiite) et que le désarmement et la dissolution de l'Armée du Mahdi ne pouvait être que le fruit de négociations.

Ce porte-parole, Ahmad Chaïbani, a aussi affirmé que son chef était prêt à recevoir la délégation. S'agissant de la remise des armes et de la transformation de l'Armée du Mahdi en parti politique, il a souligné : "Nous pouvons nous mettre d'accord sur cette affaire à travers des négociations. Nous sommes prêts à nous défendre comme nous sommes prêts à la paix".

Sur le terrain à Nadjaf, des combats très violents ont opposé vers 13 heures locales (11 heures à Paris), et pendant une heure, l'armée américaine aux miliciens. Selon un journaliste de l'AFP sur place, plusieurs obus de chars sont tombés près de l'entrée nord du mausolée. Après une accalmie, les combats ont repris à 20 heures.

Des centaines de manifestants et de chefs de tribus de toutes les régions d'Irak se sont rendus lundi au mausolée pour apporter leur soutien à M. Al-Sadr.