Un journal américain accuse la police irakienne de tortures

LE MONDE | 09.08.04 |

Des soldats américains, témoins de la scène, en ont pris des photos. Ils se sont portés au secours des détenus maltraités. Mais, immédiatement informée, leur hiérarchie leur a donné l'ordre de restituer les prisonniers aux policiers irakiens au motif que le transfert de souveraineté était intervenu la veille.

Avant d'obéir à leurs supérieurs et de quitter les installations, les soldats américains, membres de la garde nationale de l'Oregon, ont photographié les détenus pour qu'il reste une trace irréfutable des tortures infligées aux prisonniers. Parmi eux se trouvait notamment un adolescent de 14 ans, les épaules et les jambes couvertes d'hématomes. Un des prisonniers avait reçu une balle dans le genoux. Beaucoup présentaient des traces de coups et d'entailles. Nombre d'entre eux étaient menottés et avaient les yeux bandés. La plupart avaient été arrêtés quelques heures auparavant lors d'un raide contre la criminalité organisée effectué par la police irakienne.

"Certains étaient presque incapables de marcher", a déclaré le capitaine Jarrel Southall, qui a fourni un témoignage écrit de cette affaire à l'Oregonian. D'autres n'avaient visiblement rien mangé et à peine bu depuis trois jours.

A l'origine, c'est depuis une tour de guet proche du ministère qu'un des soldats américains s'est rendu compte de ce qui se passait, à travers le viseur de son fusil d'assaut. Il a vu un homme en civil penché sur un prisonnier menotté et les yeux bandés, couché sur le sol.

L'homme tenait une barre de fer à la main et semblait en frapper le prisonnier à terre. Le garde national a pris des photos à travers la lunette de son fusil. Il a alerté ses supérieurs par radio.

Le lieutenant colonel Hendrickson, le commandant du bataillon, a alors réuni des soldats pour intervenir. Une fois sur place, les soldats américains ont pris possession des prisonniers et leur ont donné les premiers secours. Certains étaient tellement déshydratés qu'ils ont dû leur poser des perfusions. La police militaire américaine est arrivée à son tour et a désarmé les policiers irakiens.

Dans les bâtiments adjacents, les soldats américains ont trouvé des "douzaines" de prisonniers irakiens, dans un état comparable à ceux auxquels ils avaient porté secours.

Ils ont aussi découvert ce qui semblait être des instruments de torture : des barres de métal, des fils électriques, des bouteilles de produits chimiques.

C'est alors que le lieutenant-colonel Hendrickson a demandé des instructions à l'état-major et qu'ordre lui a été donné de restituer les prisonniers aux Irakiens et de mettre fin à l'intervention de ses hommes. Les autorités irakiennes ont plaidé qu'il s'agissait de "criminels" impliqués dans des trafics de drogue.

L'ambassade américaine en Irak a confirmé l'existence de cet épisode, reconnaissant officiellement, pour la premières fois, qu'il y a bien eu des tensions qui ont eu lieu entre les autorités américaines et les responsables du ministère de l'intérieur irakien au moment de la passation de pouvoir entre les autorités américaines et le gouvernement intérimaire.