George Bush refuse toute échéance pour un Etat palestinien

Patrick Jarreau

LE MONDE

14.11.04

Le président américain, recevant le premier ministre Tony Blair, a proposé d'associer les Européens à un règlement du conflit israélo-palestinien. Mais il n'a voulu prendre aucun engagement avant son départ de la Maison Blanche, début 2009, jugeant que cela serait "irréaliste"

George Bush a proposé aux Européens, vendredi 12 novembre, de travailler avec eux à la recherche d'un règlement de paix entre les Israéliens et les Palestiniens.

Washington de notre correspondant

George Bush a proposé aux Européens, vendredi 12 novembre, de travailler avec eux à la recherche d'un règlement de paix entre les Israéliens et les Palestiniens. Au cours d'une conférence de presse commune avec Tony Blair à la Maison Blanche, le président américain s'est déclaré prêt à aider les dirigeants palestiniens à créer les structures d'un Etat "démocratique, indépendant et viable". Il a refusé, toutefois, de s'engager à ce que cet Etat existe quand il quittera la Maison Blanche au début de 2009.

Rétablir un processus de négociation, au Proche-Orient, et améliorer les relations entre les Etats-Unis et l'Europe sont deux entreprises que M. Bush veut mener de pair. Appuyé sur le premier ministre britannique, son allié le plus proche, le président réélu a exprimé sa fierté du travail accompli en Afghanistan, sa confiance dans "le succès de la démocratie" en Irak, et sa volonté d'agir pour "une solution juste et pacifique du conflit israélo-arabe". "Tout ce que nous espérons faire ensemble nécessite que l'Amérique et l'Europe restent des partenaires étroitement liés. Nous sommes les piliers du monde libre", a dit M. Bush. Il a annoncé qu'il se rendra en Europe "aussi tôt que possible" après l'inauguration de son nouveau mandat, le 20 janvier 2005.

M. Blair et M. Bush ont publié une déclaration commune, en cinq points, qui place le règlement du conflit israélo-palestinien dans la perspective du Moyen-Orient élargi, libre, pacifique et démocratique, définie par le sommet du G8, à Sea Island (Géorgie, Etats-Unis), en juin.

Leur déclaration reprend le principe des deux Etats, en renvoyant au discours du président américain, le 24 juin 2002, et à la "feuille de route" adoptée, sur cette base, par les Etats-Unis, l'Union européenne, la Russie et l'ONU. Les deux dirigeants affirment qu'ils vont aider les Palestiniens à organiser l'élection de leur nouveau président, dans les soixante jours. Ils ont convenu de "mobiliser l'aide internationale", ensuite, pour assurer aux Palestiniens "l'infrastructure politique, économique et de sécurité dont ils ont besoin pour créer un Etat viable". Enfin, MM. Blair et Bush appuient le retrait israélien de Gaza et d'une fraction de la Cisjordanie "comme une partie de ce plan général".

NOUVEL INTERLOCUTEUR

Ils affirment que ces étapes "jettent les bases de progrès plus rapides suivant la "feuille de route", guide fiable, conduisant à des négociations sur le statut final".

Ce langage alambiqué souligne, plutôt qu'il ne dissimule, que les questions essentielles des frontières du futur Etat palestinien, de Jérusalem et des réfugiés, sont renvoyées à une date indéterminée. D'où la question, posée à M. Bush, de savoir si le but qu'il s'est fixé est que les deux Etats, dont il affirme le principe depuis novembre 2001, coexistent à la fin de son second mandat, dans quatre ans. Il a commencé par dire : "Je crois que nous avons une grande chance d'établir un Etat palestinien, et j'ai l'intention d'employer les quatre prochaines années à dépenser le capital des Etats-Unis sur un tel Etat." Puis il a expliqué : "Je pense qu'il est irréaliste de dire : "Bush veut que ce soit fait, ou Blair veut que ce soit fait, donc cela va arriver." Mais je pense qu'il est très possible que cela arrive, parce que je crois que les gens veulent vivre dans une société libre."

La position américaine et britannique consiste à appuyer l'élection d'un nouveau président de l'Autorité palestinienne. Les élections au Conseil législatif, que les Palestiniens souhaitent organiser en même temps, interviendraient plus tard. Washington veut, avant tout, avoir un interlocuteur disposant d'un maximum de légitimité et ayant les mains aussi libres que possible. La Maison Blanche refuse de citer un nom, mais il ne fait pas de doute qu'elle espère l'élection de Mahmoud Abbas, avec lequel elle avait commencé à travailler, quand il était premier ministre, en 2003.

M. Blair n'a pas obtenu l'accord de M. Bush à deux de ses demandes, la nomination d'un envoyé spécial du président américain et la réunion d'une conférence internationale, en 2005. "Je suis pour les conférences, à condition qu'elles produisent quelque chose", a déclaré M. Bush. A ses yeux, l'important est la "stratégie" qui consiste à construire une démocratie palestinienne. Dans les deux cas, médiateur ou conférence, il faudrait l'accord du premier ministre israélien, Ariel Sharon. La "stratégie" dont sont convenus MM. Blair et Bush revient à ne s'occuper, dans un premier temps, que de l'émergence d'un partenaire palestinien au sens large - non seulement une direction politique, mais une administration et, même, une société -, avec lequel les Israéliens, escompte-t-on, ne pourront pas refuser de faire des compromis.

Le souci d'ouverture en direction des Européens est insistant. La Maison Blanche a fait savoir que, le jour même où M. Bush s'est entretenu avec M. Blair, sa conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a reçu, pendant une heure et demie, Maurice Gourdault-Montagne, conseiller diplomatique de Jacques Chirac. "La conversation a été très bonne", a déclaré, au Monde, un collaborateur de Mme Rice. Les deux présidents s'étaient parlé, par téléphone, pendant vingt minutes, mardi. Selon des sources américaines, M. Bush a remercié M. Chirac pour la responsabilité que la France a prise d'accueillir Yasser Arafat malade.

La visite de M. Bush en Europe aura lieu en février et passera par Bruxelles, afin de démentir que les dirigeants américains soient devenus hostiles ou indifférents à l'unité européenne. Les autres étapes du voyage ne sont pas encore connues. Les efforts de M. Bush pour démontrer son désir de rapprochement ressemblent à ce qu'aurait pu être le "nouveau départ" dans les relations entre les Etats-Unis et leurs alliés européens, que promettait son adversaire démocrate à l'élection présidentielle, John Kerry, s'il était élu.

Patrick Jarreau