En Russie, une révolution d'octobre en septembre

REVUE DE PRESSE: Les quotidiens de Moscou comparaient mardi à un «retour à l'URSS» la série de mesures prise par Poutine pour renforcer ses pouvoirs.

Liberation

mardi 14 septembre 2004

«Toutes ces mesures signifient que nous revenons à l'URSS». C'est ainsi que le député russe indépendant Mikhaïl Zadornov, cité par le New York Times de mardi, qualifie le renforcement du pouvoir central en Russie annoncé la veille par Vladimir Poutine. Un serrage de boulons du Kremlin qui fait grincer les dents libérales à Moscou et inquiètent les observateurs étrangers.

«Depuis son accession à la présidence grâce à Boris Elstine en 1999, Poutine a constamment renforcé le pouvoir politique de l'exécutif, souvent par la seule force de sa volonté», analyse le quotidien new-yorkais. Rappelant la reprise en mains de la presse et la domination absolue des partis proches du pouvoir sur la Douma (Parlement), le journal souligne qu'«avec ses propositions de lundi, toutefois, un pas supplémentaire a été franchi par Poutine».

En supprimant l'élection au suffrage universel des gouverneurs de régions, le numéro un russe «ôterait (le) choix des mains des électeurs». L'élection des députés à la proportionnelle, que Poutine entend imposer, «donnerait l'avantage aux partis déjà au pouvoir et supprimerait les campagnes de terrain qui ont permis à une poignée de voix dissidentes de se faire entendre à la Douma.» «La prochaine Douma sera simplement virtuelle», renchérit dans le Moscow Times un autre député indépendant, Vladimir Rijkov. Et il conclut: «Oui, l'autorité du Kremlin sera renforcée, mais le pays sera affaibli.»

Dix jours après la prise d'otages de Beslan, la presse libérale moscovite n'est pas prête à écouter la chanson du Kremlin sur les besoins de la lutte contre le terrorisme mondial. «On nous a présenté sous un emballage de deuil avec un ruban noir un projet de loi qui était en préparation depuis le mois de mai», assène a insi Vedomosti. Même commentaire dans les prestigieuses Izvestia: «La nécessité de reconstruire l'Etat pour faire face à la terreur a servi de prétexte pour la réforme politique la plus radicale de ces dernières années».

Unanime, la presse russe condamne en gros titres le recul politique annoncé: «Restauration», pour Nezavissimaïa Gazeta, «Révolution de Septembre», pour Izvestia. Plusieurs quotidiens s'indignent du viol de la Constitution par son garant supposé et dénoncent «le maintien formel d'institutions démocratiques».

Quant au MK (Moskovsky Komsomolets), le plus populaire des journaux russes, il verse dans l'ironie grinçante: «Notre système politique était trop avancé pour l'état de notre société, la Russie n'est pas assez mûre pour la démocratie, c'est la dictature qui correspond le mieux à notre niveau de développement», peut-on lire dans l'édition de mardi. «Mais chez nous, ça s'appelle: renforcement de la verticale du pouvoir, selon l'expression chère à Vladimir Poutine.»