Bush surfe encore sur la vague de la menace

Le thème de la sécurité nationale est au coeur de sa campagne.

Par Fabrice ROUSSELOT

Liberation

samedi 11 septembre 2004

New York de notre correspondant

Si Al-Qaeda avait voulu faire un cadeau à George W. Bush juste avant le troisième anniversaire du 11 septembre, l'organisation ne s'y serait pas prise autrement. Pour le président américain, la vidéo d'Ayman al-Zawahiri, le bras droit d'Oussama ben Laden, représente une aubaine politique : elle vient renforcer très à propos le message qu'il martèle selon lequel il est le seul à pouvoir protéger les Américains d'une menace terroriste toujours omniprésente.

Depuis des mois, la sécurité était au coeur de la campagne présidentielle. Mais c'est durant leur convention à New York, début septembre, que les républicains ont choisi d'en faire leur thème phare dans la course à la Maison Blanche : on y voyait en boucle les vidéos montrant Bush venu rendre hommage aux pompiers dans les ruines du World Trade Center au lendemain du 11 septembre. Et le Président d'en appeler à ses concitoyens pour «se tenir à ses côtés» afin de libérer le monde et protéger les Etats-Unis.

«Le mauvais choix». Depuis, le ton n'a pas changé. Bush est sorti de la convention avec onze points d'avance dans les sondages sur son adversaire démocrate, le sénateur du Massachusetts, John Kerry. Il a passé plus de temps dans ses discours à évoquer le 11 septembre que n'importe quoi d'autre. Le vice-président, Dick Cheney, a enfoncé le clou, affirmant sans détour mercredi dans l'Iowa que «si les électeurs faisaient le mauvais choix, (en ne réélisant pas Bush, ndlr) l'Amérique serait certainement de nouveau attaquée».

Les sondages donnent raison à la stratégie républicaine. Selon Associated Press, 41 % des Américains disent toujours redouter une attaque terroriste. «Pour dire les choses clairement, le 11 septembre est peut-être la meilleure chose qui est arrivée à George W. Bush sur le plan politique, estime Marion Just, professeure de sciences politiques à Wellesley College. Dans les premiers mois de son mandat, il n'était pas très populaire. Mais, après les attentats, plus personne n'osait le critiquer, dans la presse ou au Congrès. Et il s'est forgé cette image de leader, qui ne fléchit pas face au danger. Aujourd'hui, on se rend compte que les Américains apprécient ces qualités, alors qu'ils sont moins sûrs de leur Président quand il s'agit de politique, de santé ou d'économie.»

Dès lors, la difficulté pour Kerry est de parvenir à contrer Bush sur le terrain de la sécurité nationale. Il a lancé une contre-offensive avec le slogan «W for Wrong» («W pour Mauvais»). Et a tenté toute la semaine de faire le lien entre la guerre en Irak («la mauvaise guerre») et le 11 septembre. Rappelant que les 200 milliards de dollars investis dans la guerre auraient pu être mieux utilisés ailleurs. «L'Irak est le point faible de la guerre contre le terrorisme de Bush, poursuit Marion Just. Les gens étaient tous pour l'attaque contre l'Afg hanistan, mais ils estiment que Bush est allé trop loin sur l'Irak.»

Ecarts de langage. Plusieurs voix démocrates se sont élevées pour expliquer que Kerry devrait recentrer son discours sur la situation intérieure, l'économie et la santé. Les républicains, eux, continueront d'user et abuser de la sécurité nationale jusqu'au 2 novembre. Ils doivent toutefois faire un peu plus attention à leurs écarts de langage. Après la controverse provoquée par ses remarques sur Kerry dans l'Iowa, Cheney a été contraint de «clarifier les choses» vendredi dans une interview au Cincinnati Enquirer. «Je n'ai pas dit que si Kerry était élu, nous serions attaqués. Mais qu'il n'aurait pas la meilleure politique pour répondre à un attentat», a-t-il précisé.