Les manifestations de soutien à l'Armée du Mehdi se multiplient en Irak.

Marche de solidarité chiite vers la ville sainte de Najaf

Par Christophe BOLTANSKI

Libertaion

samedi 14 août 2004

Ils marchent par centaines le long de l'autoroute proche de l'aéroport, sans un regard pour le blindé américain qui, rangé sur le terre-plein central, les pointe avec son canon. Partis d'El-Khadra, un faubourg chiite du sud de Bagdad, ils avancent d'un bon pas, une bouteille d'eau à la main, la tête protégée d'un soleil de plomb par un petit tapis de prière, une serviette ou un simple bout de carton. Une longue route les attend. Le cortège, hérissé de drapeaux noirs et de portraits du chef radical chiite Moqtada al-Sadr, se dirige vers Najaf, la ville sainte assiégée, distante de près de 180 km.

Lieu sacré. Quelques heures plus tôt, lors d'une prière du vendredi improvisée devant la «zone verte», le quartier administratif transformé en bunker, un porte-parole de Moqtada al-Sadr, Sayyed Hazem al-Araji, a ordonné à tous les fidèles de rejoindre «à pied» la cité encerclée par les forces de la coalition. Partout, vendredi, les manifestations se sont multipliées en solidarité avec l'Armée du Me hdi, la milice retranchée autour du mausolée de l'imam Ali, le lieu le plus sacré du chiisme, qui, depuis huit jours, affronte les marines et les gardes nationaux irakiens.

Un responsable du mouvement rebelle a même prétendu que Moqtada al-Sadr avait été blessé «au ventre et à la poitrine» par des éclats d'obus, une nouvelle non confirmée qui a enflammé un peu plus les esprits. A Bassora, les partisans du chef chiite radical ont décrété trois jours de grève générale et sommé les policiers et les membres de la garde nationale de rejoindre leurs rangs. A Fallouja, le bastion sunnite symbole de la lutte contre les troupes américaines, 1 500 personnes rassemblées devant la mosquée Al-Foukan ont scandé : «Oui, oui au jihad! Les sunnites et les chiites sont unis!» De violents combats ont éclaté à Hilla, au sud de Bagdad, où la police irakienne, appuyée par une vingtaine de soldats polonais, était encerclée par plusieurs centaines de miliciens chiites. En dépit de combats à Najaf, ainsi qu'à Kout , des signes d'apaisement sont apparus en fin de journée. Un journaliste du Sunday Telegraph, James Brandon, qui avait été kidnappé durant la nuit dans sa chambre d'hôtel, à Bassora, a été libéré à la demande de Moqtada al-Sadr. A l'issue de négociations avec le conseiller irakien à la Sécurité nationale, Mouaffak al-Roubaï, un cessez-le-feu a été conclu entre l'Armée du Mehdi et les forces de la coalition. Moqtada al-Sadr se serait déclaré prêt à quitter Najaf avec ses combattants si les troupes américaines et les forces auxiliaires en faisaient autant. En échange, il aurait exigé le placement de la ville sous le contrôle de la «Marjaiya», la direction religieuse chiite. Auparavant, le chef radical chiite était apparu dans l'enceinte du mausolée de l'imam Ali à Najaf, une main bandée, et, par la voix de son porte-parole, avait appelé ses partisans à lutter jusqu'à la mort. Affirmant qu'il ne quitterait pas Najaf et réclamant la démission du gouvernement de transition «dictatorial» dirigé par Iy ad Allaoui.

Protestation. La poursuite de la confrontation à Najaf risque de rendre très difficile l'ouverture, prévue dimanche à Bagdad, de la Conférence nationale, première étape d'un processus qui doit conduire à la tenue d'élections générales, en janvier 2005. Les organisateurs ont exclu de remettre à nouveau cet événement qui aurait dû avoir lieu en juillet. Près de 1 200 participants issus des dix-huit provinces du pays sont attendus. Mais de nombreux délégués, principalement chiites, pourraient refuser de venir si l'offensive sur Najaf continue. Deux vice-gouverneurs chiites ont déjà démissionné en signe de protestation.