Édition du 29 février 1996


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LIMINAIRES
NOUVELLES EN BREF
CARÊME
SYNODE:
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Numéros parus

TABLE DES MATIÈRES

Liminaire: Soyez mes témoins!

In mémoriam: M. L'Abbé Émile Morin, p.m.é.

Vie presbytérale: 40e anniversaire d'ordination du Père Poulin

Communiqués:

Retraite pascale

Carême: Les défis de la pauvreté

Synode:

En paroisse: "L'Esprit de Dieu habite en vous"

Renouveau Charismatiqe: Retraite d'entrée en carême

Anniversaire: Cardinal de Lubac (100e anniversaire de naissance)

Livre:

Liturgie: Avec qui partager cette eau vive?

Bible: Les défis de l'actualisation de la Parole

Liturgie et communauté: Forum d'échanges

Baptême: Rencontre sur la pastorale du baptême

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LIMINAIRE:

" SOYEZ MES TÉMOINS "

La route de l'amabilité, nous y revenons, parce qu'elle est de toutes les circonstances. Elle loge en effet chez l'être humain, dans son regard, dans son comportement, dans sa manière de saluer ou de ne pas le faire, dans sa disponibilité. Et parce qu'elle est route d'Évangile, elle ne juge pas, elle ne condamne pas, se faisant plutôt béatitude. "Bienheureux seront-ils!"

Elle nous réfère, cette route, à la vieille dame qui donna à un plus pauvre les quelques sous qu'elle possédait encore. Expérience qui lui fit éprouver une grande joie, une joie indescriptible parce que c'était aussi la joie de l'autre. Une joie à deux volets, comme il s'en trouve lorsqu'il y a communion.

La route de l'amabilité, elle "n'engrange" pas de biens pour des années qu'elle ne connaîtra peut-être pas! Elle ne remplit pas ses greniers quand il y a tant d'êtres humains qui ont faim.

Sur cette route, qu'il nous soit permis de la nommer encore, des chrétiens y ont uni leur vie un matin de mariage. Des hommes et des femmes y ont prononcé des voeux solennels pendant que des frères y recevaient une ordination. Car c'est bien pour être des témoins de l'amabilité de Dieu, dont parle saint Augustin, que nous avons répondu un jour à l'amour d'un Autre. C'est bien pour cela que nous oeuvrons dans la grande Église du Christ, pour la faire ensemble, pour en vivre, pour en témoigner.

"Soyez mes témoins" en esprit et en vérité!

Yvan Desrochers, prêtre.

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NOUVELLES EN BREF

Monsieur l'Abbé Émile Morin P.m.é. est décédé le 21 février 1996, à l'âge de 79 ans, quelques jours après la célébration des fêtes du 75e anniversaire de fondation des prêtres des Missions Étrangères. L'Église de Montréal offre ses condoléances à la famille et à ses confrères des Missions Étrangères.

Le dimanche 11 février 1996, les paroissiens et paroissiennes de la communauté chrétienne Marie-Reine-des-Coeurs étaient heureux de célébrer le 40e anniversaire d'ordination presbytérale de leur pasteur, le Père Mario Poulin.

Un nouveau service diocésain "visite administrative", qui relève de l'économat diocésain, a été mis sur pied afin d'aider l'administration des communautés chrétiennes, dans le contexte économique et difficile actuel. Ce service prend forme d'une visite administrative en paroisse sous la forme suivante; un entretien avec l'administrateur paroissial et la personne en charge de la tenue des livres, et ensuite un examen des différents livres et registre comptables, ainsi que tous documents jugés pertinents.

Le lectorat et l'acolytat, ainsi que le diaconat seront conférés le vendredi 24 mai 1996, en la Basilique-Cathédrale Marie-Reine-du Monde, Boul. René-Lévesque à Montréal. Les supérieurs religieux qui auraient des candidats à présenter à cette célébration sont priés d'aviser la Chancellerie avant le 5 mai 1996.

Session de théologie offerte aux prêtres et aux religieux engagés dans le ministère, à la Maison des Jésuites, à Saint-Jérôme, du 6 octobre (au soir) au 11 octobre 1996. Thème: L'Église. Animateurs: Jean-Louis d'Aragon, s.j., Jacques Chênevert, s.j., Édouard Hamelin, s.j., René Latourelle, s.j., Marc Pelchat, s.j.

Retraite pascale. Prière chrétienne et qualité de vie: animée par le Père Claude Mayer, o.m.i. dans le secteur Hochelaga-Maisonneuve les 1er, 2 et 3 avril (14h00 à 19h30) en l'église Nativité-de-la Sainte-Vierge (1884 rue St-Germain, près Ontario).

Comment sera élu le prochain Pape? Jean-Paul II répond à cette question dans la constitution apostolique "Universi Dominici Gregis " qu'il vient de promulguer. "Je déclare une fois encore, écrit Jean-Paul II, que le collège des électeurs du souverain Pontife est constitué uniquement des Pères cardinaux de la Sainte Église romaine... Après mûre réflexion, j'ai donc décidé d'établir que l'unique forme par laquelle les électeurs peuvent exprimer leur vote pour l'élection du Pontife romain est celle du scrutin secret. "

Dans le cadre du Synode de l'Église de Montréal, une Commission consultative tiendra des audiences publiques en mai prochain dans chacune des régions pastorale de l'archidiocèse. C'est ce qu'a annoncé le 27 février M. Le cardinal Jean-claude Turcotte, accompagné des deux co-présidents de la Commission synodale, Mme Louise Brais-Vaillancourt et M. Joseph Giguère. Ainsi, on souhaite connaître l'avis des divers intervenants quant à la manière d'améliorer sa façon et d'agir pour mieux jouer son rôle dans la société. L'invitation est lancée à tous les organismes populaires, gouvernementaux, privés et communautaires, de même qu'à toutes les associations, regroupements institutions et individus qui souhaitent aborder ces sujets ou soumettre d'autres enjeux à la réflexion de l'Église de Montréal. Des audiences publiques seront tenues dans toutes les régions pastorales du diocèse. En plus de la question précédente, les autres sont: Comment l'Église de Montréal peut-elle répondre aux attentes et aux objectifs de ses partenaires dans tous les champs d'activités; culturel, économique, éducatif, humanitaire, patrimonial, philanthropique, social, religieux et autres? Y-a-t-il un lien entre les préoccupations de ces partenaires et les idéaux humanistes et sociaux que prône l'Église? Quels sont les besoins des associations et des individus du diocèse de Montréal en regard des pratiques pastorales; des réaménagements pastoraux? On s'inscrit à la Commission consultative du Synode de l'Église de Montréal, au 2000, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3H 1G4; téléphone (514) 931, poste 295; télécopieur (514) 931-3432.

Dimanche le 18 février, monsieur le cardinal J.C. Turcotte rendait visite aux paroissiens et paroissiennes de St-Gaëtan dans le diocèse de Montréal.

"Chemin du monde, route du Christ", c'était le thème de la retraite d'entrée de carême des membres du Renouveau charismatique de Montréal, le 17 et 18 février dernier à Notre-Dame-du-Rosaire. Animées par monsieur l'abbé Christian Beaulieu, ces heures de silence et d'invocation de l'Esprit Saint donnent lieu à une séance de confessions particulièrement émouvantes de 25 prêtres; des curés, des vicaires, des prêtres à la retraite, des animateurs de pastorale scolaire, vivaient avec 450 retraitants, le sacrement du Pardon, le sacrement de la divine miséricorde.

Il nous faut souligner l'anniversaire de naissance du Père Henri de Lubac, né le 20 février 1896 à Cambrai et décédé le 4 septembre 1991. Il nous faut le faire parce que le cardinal nous a laissé un héritage à ne pas oublier. Interdit d'enseignement en 1950, il est alors professeur à Lyon; il reprend ses cours en 1958. Puis avec le Concile, Jean XXIII le nomme consulteur, avec le Père Congar, à la commission préparatoire à Vatican II. En 1974, il est expert aux deux secrétariats des non-croyants et des non-chrétiens. E 1983, il était créé cardinal. Ce dernier disait: " Faillite de l'athéisme, l'homme que notre foi nous révèle n'est pas l'être enchaîné, figé dans les routines, les peurs, les servitudes... Le réalisme chrétien est un réalisme de plénitude... " Les disciples du Christ ne se sentent pas comme les rescapés d'un monde en naufrage, mais comme les pilotes chargés de le conduire au port ".

Mercredi le 21 février, sous la présidence de Mgr. André Rivest, a eu lieu au collège Brébeuf le lancement du dernier livre du Père Latourelle "quête de sens et don du sens". Mgr Rivest disait :" Non seulement, le Père Latourelle a-t-il alimenté et enrichi la réflexion de notre Église locale par de nombreux articles publiés dans la revue diocésaine L'Église de Montréal ou quelques autres, dans Nouveau Dialogue et Pierres vivantes, mais aujourd'hui, l'auteur de Quête de Sens et Don du sens nous offre un outil de choix pour aider notre réflexion dans le cadre du synode de Montréal. Père Latourelle, Bravo et Merci! ".

Le vendredi 8 mars, pour célébrer la journée internationale des femmes, le mouvement Des Femmes Chrétiennes de Montréal célébrera ,au sous-sol du Sanctuaire Marie-Reine-des-Coeurs, 3800 rue Bossuet. Information:251-2541; 645-3854.

Il y aura un Forum d'échanges 1996 de LAUDEM, association des organistes liturgiques du Canada, jeudi le 14 mars 1996, de 19h30 à 22h00 à la salle paroissiale de la cathédrale de Montréal, 1110 rue Mansfield, Montréal. Bienvenue à tous: Renseignements: 767-4074.

Rencontre sur la pastorale du baptême des petits enfants pour tous ceux et celles qui travaillent à la pastorale du baptême, jeudi le 7 mars 1996, de 19h30 à 21h30 à la paroisse Sainte-Cunégonde, entrée 2465 rue Saint-Jacques. Deux thèmes de réflexion; l'andragogie, l'interpellation évangélique.

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LES DÉFIS DE LA PAUVRETÉ (extraits)

Conférence prononcée par M. Le Cardinal Jean-Claude Turcotte, le dimanche 25 février, à la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec en présence de Mgr. Maurice Couture, archevêque de Québec, et d'une nombreuse assemblée.


Des pauvres parmi nous

(...)" Il y a une dizaine d'années, il était rare de rencontrer dans les rues de Montréal des gens qui tendaient la mains, espérant qu'on leur donne un peu de monnaie. Il y en a aujourd'hui des centaines, Ils sont souvent à la porte des églises. Ils se tiennent près des entrées de métro, des pharmacies, des grands magasins. J'en vois régulièrement aux abords de la cathédrale. Par cet exemple, vous comprenez déjà que mon expérience personnelle de la pauvreté se situe davantage dans les limites de la région métropolitaine de Montréal.... Parmi ces personnes donc on trouve beaucoup de jeunes hommes dans la vingtaine. Timidement, ils demandent de la monnaie, ou ils ne font que tendre la main. Certains sont assis par terre, ils nous regardent passer ".

Des êtres humains blessés

(...)" Les choses ne vont vraiment pas bien. Le nombre de pauvres augmente. Et Parmi eux, ces nouveaux pauvres qui perdent soudainement leur emploi.(...) Les drames que ces situations engendrent sont profonds, tragiques. Des êtres sont blessés à jamais, humiliés. Des pères de famille, des mères de famille, des jeunes de vingt ou trente ans tournent en rond tout au long du jour se demandant ce qui leur arrive...ce qu'ils vont devenir". " Les Chiffres parlent. Les chiffres crient quand on sait entendre... ! Voici quelques chiffres: Au Canada, au cours de la dernière décennie, le nombre de travailleurs vivant sous le seuil de la pauvreté a augmenté de 30%; le nombre des mères monoparentales qui vivent dans la pauvreté est présentement de 60%; le pourcentage des femmes qui exercent un travail précaire ou une profession parmi les moins rémunérées est de 72% ". " Au cours des dix dernières années, le nombre des familles pauvres a augmenté de plus de 30%. La pauvreté chez les jeunes familles a augmenté de 40%. Au Canada, plus de 1,2 million d'enfants vivent maintenant dans la pauvreté, soit près de un sur cinq. Un bref regard sur le monde. Sur les cinq milliards d'habitants de la planète, un milliard de personnes vivent dans une extrême pauvreté et deux milliards en frôlent le seuil. Quarante mille personne meurent chaque jour de faim et de malnutrition -une toute les deux secondes. La plupart des victimes sont des enfants. "

Le Dieu des pauvres

" (...).La pauvreté est un mal. Elle défigure l'humanité. Dieu ne veut pas de cette pauvreté qui tue et qui rend honteux. Il veut la pauvreté de coeurs; c'est autre chose. Il veut la vie simple; c'est autre chose. Quand Jésus a dit à ses disciples qu'il y aurait toujours des pauvres parmi eux, il n'a pas voulu laisser entendre que la pauvreté était une réalité tolérable. Toute personne qui s'est approchée de lui a vite découvert que Jésus est d'abord venu dans notre monde pour les pauvres, pour soulager leur misère et leur apporter de l'espoir. Oui, c'est d'abord pour eux qu'il est venu. C'est d'abord auprès d'eux qu'il s'est fait connaître. C'est à eux d'abord, de même qu'aux malades et aux pécheurs, que s'adresse son message d'espérance et de libération ".

Qui est pauvre?

(...). " Je trouve éclairant la description du pauvre faite par Peter J. Henriot dans son petit livre Option justice : " Être pauvre, c'est avoir faim, c'est n'avoir ni abri ni vêtements décents, c'est être privé de services d'éducation et de soins de santé adéquats, c'est être chômeur, vivre en marge de la société, se sentir exclu des décisions qui vous regardent, dominé par des forces extrérieures, incapable de résoudre les problèmes de l'existece quotidienne, victime de discriminations ".

Partager.

(...). " La première chose que nous devons faire, c'est de partager ce que nous possédons. Qui possède beaucoup doit beaucoup partager. Qui possède moins doit partager ce qu'il peut. On trouve ce principe clairment affirmé dans un texte de sait Justin qui date du IIe siècle. Décrivant le déroulement de la messe dominicale à laquelle participent les chrétiens, Justin, qui est un laïc, écrit ceci: Les fidèles qui sont dans l'aisance et qui veulent donner donnent librement, chacun ce qu'il veut; ce qu'on recueuille est remis à celui qui président et c'est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin par suite de maladie ou pour toute autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs étrangers; bref, il vient en aide à tous les malheureux ".

Se rapprocher du pauvre.

(...)."Partager...partager autant qu'on le peut... partager -ne serait-ce que quelques fois dans sa vie- en donnant de son nécessaire, voilà le premier appel que l'Évangile nous lance. Il y en a un second qui nous invite non seulement à partager mais à s'approcher des pauvres. Ce que Jésus a fait ". " Le premier risque (à fréquenter les pauvres), c'est de nous voir obligés de modifier le regard souvent trop rapide et très superficiel que nous portons sur eux. Le premier risque, c'est de voir fondre comme cire au soleil et s'envoler comme fumée dans le vent certains préjugés trop souvent entretenus à leur égard: les pauvres se payent du luxe que nous ne pouvons pas nous offrir nous-mêmes. Les pauvres ne savent pas s'organiser. Les pauvres exploitent le système. Les pauvres ne savent parler que de leurs droits. Les chômeurs ne veulent pas travailler ". Le deuxième risque que l'on court quand on se met à fréquenter les pauvres et à les apprécier pour ce qu'ils sont et non selon ce qu'on dit d'eux, c'est celui de devenir leurs partenaires plutôt que d'être leurs vis-à-vis. Quand on se fait proche des pauvres, quand on partage vraiment leurs drames, quand on sait ouvrir son être à leurs souffrances, on ne peut plus les oublier. On ne peut plus vivre sans penser à eux ".

La lutte pour la justice

(...)." Il y a un troisième appel que l'Évangile nous lance: un appel dont plusieurs ne voient pas la pertinence, qui est constesté par certains. Un appel dont la mise en oeuvre est assurément difficile. Je veux parler de l'apel à se solidariser avec les pauvres afin de lutter pour eux et avec eux à la construction d'un monde plus juste. D'un monde qui rend justice aux pauvres ". " Il implique que l'on passe de la charité à la justice, du dépannage à la lutte pour une société plus juste. Il implique que non seulement on donne aux pauvres une partie de ce qu'on possède, mais qu'on se range du côté des pauvres et qu'on prenne parti pour dénoncer les injustices dont ils souffrent et pour combatttre afin que justice leur soit rendue ".

Six propositions pour s'engager

1) Comprendre le sens véritable du message évangélique sur la justice

2) Modifier notre style de vie de gens à l'aise

3) Nous mettre à l'écoute des victimes de l'injustice dans nos propres communautés

4) Nous prononcer ouvertement contre les injustices dans nos milieux

5) Prendre part aux actions destinées à faire disparaître les causes d'injustice

6) Secourir les pauvres et les opprimés

Conclusion

(...). "Je conclus en rappelant que nous sommes au début d'un nouveau Carême. Depuis toujours, le temps du carême est un temps d'appel à la conversion. Mercredi dernier, jour des Cendres, l'Église a de nouveau ouvert le Livre de la Parole de Dieu et a fait entendre le message inscrit par le prophète Joël: Revenez à moi de tout votre coeur...Déchirez vos coeurs et non pas vos vêtements... ". Puis les cendre ont été déposées sur la tête des fidèles, acompagnées de la parole qui résume tout l'enseignement de Jésus; " convertisez-vous et croyez à l'évangile ". Ce mot de conversion ne nous inviterait-il pas, cette année, à un effort particulier de solidarité avec les pauvres pour l'avènement d'une plus grande justice? Cette année, précisément consacrée à l'élimination de la pauvreté, comporte un appel encore plus pressant à lutter contre ce fléau. À défaut de parvenir en une seule année à éliminer la pauvreté de la surface du globe, nous seront à tout le moins davantage sensibilisés et mieux disposés à construire un monde meilleur...pour tous. À nous de répondre, dans un face-à-face avec Dieu. À nous de répondre, en écoutant notre coeur, en invoquant l'Esprit Saint et en étant déjà éclairés par la lumière de Pâques.

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DÉMOCRATISER L'ÉGLISE

OU BIEN DÉVELOPPER LA VIE SYNODALE (suite du 22 février)

Par Hervé Legrand, op. Prof. À l'Institut catholique de Paris


1. Convergences entre les valeurs démocratiques et les valeurs démocratiques et les valeurs vécues par une Église en synode.

On ne peut entrer ici dans une histoire de la vie synodale ou dans la description du fonctionnement actuel des synodes dans l'Église catholique d'Orient et d'Occident, ni proposer une description de la vie synodale au sens strict (synodes pléniers) ou large (les différents conseils pastoraux). Pour notre propos, qui est de mettre en lumière le fait qu'une Église en synode prône des valeurs communément acceptées comme démocratiques, il suffira d'énumérer, avec clarté, les traits de comportements qui sont exigés et mis en valeur par les synodes, et de vérifier qu'ils sont traditionnels en christianisme. L'étroitesse de cette étude de cas sera compensée par le fait qu'elle offrira une information vérifiable.

A- Convergences

1) L'information du plus grand nombre

Chacun sait que la liberté de l'information est à la base de la démocratie. Un synode vise également à l'information du plus grand nombre sur l'état de l'Église diocésaine, sur les défis qu'elle doit relever et sur les humaines, mais aussi matérielles et financières dont elle dispose pour y faire face et celles qu'elle devra trouver. Tous les compte-rendus de synodes notent ce point: le synode est une telle source d'informations pour les participants, qu'il s'agit pour la plupart d'entre eux, d'une réelle découverte du diocèse, de ses riches diversités, comme de ses problèmes.

2) La libre prise de la parole

La libre discussion des affaires qui les concernent par les citoyens est l'un des principes de hase de la démocratie. Le Code de droit canonique prévoit la même chose pour les membres d'un synode au canon 465: " toutes les questions seront soumises à la libre discussion des membres dans les sessions du synode". Ce canon reprend d'ailleurs un adage du droit canonique médiéval: " ce qui concerne tout le monde doit être discuté et approuvé par tous "(10). C'est une traduction institutionnelle non seulement de la fraternité de tous dans l'Église, mais aussi de la liberté que l'Évangile leur confère.

3) La négociation et le respect des points de vue

La démocratie instaure la négociation, c'est-à-dire l'échange de paroles, comme principe de résolution des divergences d'intérêts ou d'opinions excluant que ces divergences puissent être réduites par la force brutale ou la contrainte pure et simple de la part des autorités légitimes. De même la démocratie exclut la dictature de la majorité, promouvant au contraire l'expression des minoritaires et le respect de leurs convictions.

C'est effectivement ce qui se passe dans un synode à travers l'amendement des textes qui sont améliorés de manière à intégrer le plus possible les points de vue qu'il s'agit de rallier au moment du vote. Évangéliquement loin d'obéir à un groupe de pression. On se conduit ainsi dans la persuasion que l'ensemble des dons du Saint Esprit ne se trouve que dans l'ensemble de l'Église. Il s'agit d'avoir raison avec son frère, plutôt que contre lui, en recourant à la seule persuasion respectueuse du débat. I 'Église en synode, comme la démocratie, est une société de débat.

4) La participation à l'élaboration des lois qui nous régissent

Une telle participation représente également une donnée fondamentale des sociétés démocratiques. Il convient de souligner que les synodes sont justement des organes législatifs. I1 convient ici de bien comprendre le canon 466 pour lequel "dans le synode diocésain ", l'évêque est l'unique législateur, seul à promulguer des décrets qui acquièrent ainsi force de loi; mais aussi qu'il ne peut promulguer que les seuls décrets élaborés par le synode, décrets qui se transformeraient en ordonnances s'il les corrigeait, et cesseraient par ce fait même d'être des décrets synodaux! Il s'agit donc bien pour les chrétiens en synode de participer à l'élaboration des lois qui les régissent, tout comme en démocratie, car la démocratie directe n'est pratiquement vérifiée nulle part.

5) La vie synodale et la vie démocratique sont coûteuses

Après avoir noté ces convergences qui peuvent susciter l'intérêt de beaucoup et peut-être même l'enthousiasme de quelques-uns, il convient toutefois de préciser qu'il sera coûteux de prendre un tel chemin. Par exemple, la démocratisation appelle la bureaucratie; on ne peut diffuser l'information sans multiplier ses supports; réunions et paperasse; décider ensemble implique que l'on établisse des lois électorales et des procédures de vote. De même prendre ce chemin ne va pas sans risques; les décisions seront prises beaucoup plus lentement que par l'évêque en son conseil - mais sans doute-, en contrepartie, seront-elles dès lors, plus proches de la réalité et mieux mises en oeuvre; les orientations seront également moins pointues -mais sans doute-, en contrepartie, seront-elles susceptibles de recueillir un consensus plus large.

6) I.es valeurs mises en oeuvre sont des valeurs positives qui développent une théologie de la communion

Lorsqu'en particulier grâce à leurs synodes des Églises, des Église locales peuvent prendre la parole en tant qu'Églises de Dieu en un lieu, participer à l'élaboration des lois qui les régissent, devenir ainsi des Églises sujet de droit et d'initiatives, elles adoptent et renforcent des valeurs qui sont généralement reconnues comme démocratiques. Alors elles se perçoivent et sont perçues autrement que comme des succursales d'une Église universelle, guidée et administrée à partir d'un centre où résiderait tout le pouvoir, c'est à dire selon des analogies toutes séculières que l'on retrouve encore dans l'expression "épiscopat monarchique" (11).

Tenir synode, c'est encore pour les chrétiens d'une Église locale, apprendre à dire "nous" ensemble dans la communion du Saint Esprit et dans une commune responsabilité à l'égard de l'Évangile. Alors les laïcs ne se perçoivent plus et ne sont plus perçus comme l'objet des soins des clercs, gouvernés et enseignés par eux et "assistant" aux célébrations faites pour eux. Pour l'Église du lieu dans ses relations avec l'Église entière, comme pour les chrétiens de l'endroit apprenant à dire " nous " ensemble, il y a là de sérieux bénéfices spirituels: l'Église se remet à vivre comme communion de manière explicite, et simultanément, elle n'en est que plus inculturée dans notre société.

B - La vie synodale montre qu'il est possible d'accueillir des valeurs démocratiques au sein de l'Église dans la fidélité à la tradition

En voyant les synodes reprendre vie au sein de l'Église contemporaine, certains ne manqueront pas d'y déceler, beaucoup trop rapidement à notre sens, une adaptation pure et simple de cette Église aux moeurs démocratiques qui règnent en Occident et de déplorer ce qu'ils considèrent comme un affadissement du christianisme.

Il est exact que les synodes, tels qu'ils sont réglementés par le code de droit canonique de 1983, comportent de réelles innovations qui sont une adaptation à la culture contemporaine, mais plus profondément, ils continuent d'exprimer la tradition la plus ancienne de notre Église.

1) Deux innovations qui sont une adaptation aux valeurs de sociétés démocratiques

Une première innovation est relative: on sait qu'à partir du XII ème siècle se dessinera une tendance de plus en plus marquée à restreindre les synodes aux seuls membres du clergé, et même à n'être qu'une chambre d'enregistrement des décisions de l'évêque. En revanche aujourd'hui les synodes peuvent être majoritairement composés de laïcs; on ne comprendrait pas qu'il en soit autrement. I'innovation contemporaine est considérable par rapport au Moyen Âge et aux Temps Modernes, mais elle ne l'est guère par rapport aux synodes de l'Église primitive qui se déroulaient en présence du peuple, ou à ceux de l'époque carolingienne qui faisaient collaborer les autorités civiles et religieuses; ce que l'on constate encore habituellement dans les conciles de Réforme jusqu'à Trente.

Une deuxième innovation représente une nouveauté absolue: la participation actuelle des chrétiennes à ces assemblées, avec droit de vote, tranche avec l'injonction de S. Paul aux Corinthiens (1 Co. 14, 34 -35): " Que les femmes se taisent dans les assemblées; elles n'ont pas la permission de parler; elles doivent rester soumises comme le dit aussi la loi " (voir aussi 1 tim. 2, 11-15). On se trouve ici en présence d'une véritable inculturation: cette rupture avec dix-neuf siècles d'habitudes a paru si naturelle que l'on n'a même pas enregistré de plaintes ou de polémiques de la part des traditionalistes sur ce point.

2) la vie synodale: une fidélité à la tradition la plus ancienne de l'Église.

La vie synodale appartient à la nature même de l'Église (12). Étymologiquement, ekklèsia (église) signifie d'ailleurs "assemblée". Dans l'Écriture, la participation active des chrétiens aux assemblées plénières de l'Église va de soi. Qu'il suffise de rappeler trois épisodes des Actes des Apôtres.

· en Actes 1, 15-26, "En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères - il y avait là un groupe d'environ cent vingt personnes - " et l'on note que toute l'assemblée collabore au remplacement de Judas pour compléter le groupe des douze apôtres.

· en Actes 6, 1-7, pour la création du groupe des Sept et le choix des personnes, on note expressément que "les Douze convoquèrent l'assemblée plénière des disciples", leur demandant de chercher parmi eux sept hommes; et que " leur proposition fut agréée par toute l'assemblée ".

· en Actes 15, 4, au synode de Jérusalem, "Paul et Barnabé furent accueillis par I'Église, les apôtres et les anciens " et l'on note également que "d'accord avec toute l'Église, les apôtres et les anciens décidèrent". (Ac. 15,22) Dépassant I'Écriture, nous sommes bien renseignés sur la pratique synodale proprement dite, par exemple, en ce qui concerne l'Église de Carthage au milieu du 3ème siècle par son évêque lui-même.

Dans les débats sur la réconciliation de ceux qui ont sacrifié aux idoles lors de la persécution, saint Cyprien écrit aux prêtres et diacres de son Église que son devoir est " d'étudier avec eux ce que demande le gouvernement de l'Église et après l'avoir examiné tous ensemble, d'en décider (...) m'étant fait une règle dès le début de mon épiscopat de ne rien décider d'après mon opinion personnelle, sans votre conseil à vous les prêtres et sans le suffrage de tout le peuple " (Lettre 14).

Dans une autre lettre, aux prises avec le statut du clergé, il écrit: "Je dois connaître des cas particuliers et en établir soigneusement la solution, non seulement avec mes collègues (les évêques), mais avec le peuple tout entier "(Lettre 34). Il ne s'agit pas là d'une attitude personnelle de cet évêque mais d'un droit coutumier (comme l'essentiel du droit de l'époque) non seulement de l'Église d'Afrique mais encore d'Espagne, droit que l'on retrouve, avec d'autres équilibres, dans la Gaule mérovingienne et carolingienne. La même ecclésiologie se vérifie universellement dans les assemblées plénières des Églises locales pour l'élection de leur évêque. Les évêques de Rome eux-mêmes se préoccupent, au milieu du V ème siècle, de la sauvegarde de cette règle traditionnelle: saint Célestin prescrit "qu'on n'impose pas un évêque au peuple sans la volonté de celui-ci" (Lettre 4); plus tard, saint Léon sera encore plus catégorique écrivant aux évêques de la province de Vienne en Gaule: " celui qui doit présider à tous doit être élu par tous" (Lettre 10). Bref, les synodes représentent bien plus un timide retour à la tradition patristique qu'une innovation qui sacrifierait au climat démocratique de nos sociétés.

3) La tradition qui fait participer l'ensemble des chrétiens à la responsabilité des différents aspects de la vie de leur Église se fonde dans la relation de l'Église à la Trinité.

Saint Cyprien éclaire bien le fondement de cette responsabilité de tous, lorsqu'il voit dans la vie des chrétiens une participation à la vie du Dieu trinitaire. Vatican II reproduit au numéro 4. de la Constitution dogmatique sur l'Église, sa phrase fameuse: "L'Église est un peuple qui tire son unité de I'unité de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit ".

La participation, ou ce qu'on appelle aussi la coresponsabilité, a ainsi un fondement trinitaire. En effet, dire que l'Église est le peuple de Dieu le Père ne doit pas être dégradé en perception spirituelle de cette réalité d'un peuple qui soit en mesure de dire "nous " ensemble dans la foi et dans les différents aspects de sa responsabilité chrétienne, sans que l'on puisse décréter qu'une portion de ce peuple ne saurait être que passive: la véritable structure d'un peuple est celle qui articule la responsabilité de tous et de quelques-uns. De même, confesser l'Église comme corps du Christ, c'est confesser que ce corps n'a qu'une seule tête, le Christ, et que par conséquent tous sont frères, ce qu'exprime aussi la célébration du Repas du Seigneur auquel tous ont part de la même manière.

Enfin, confesser l'Église comme Temple du Saint Esprit, c'est reconnaître que l'ensemble des dons du Saint Esprit ne se trouve que dans l'ensemble de l'Église, ce qui implique un régime d'écoute mutuelle entre chrétiens, mais aussi entre Églises, sans que personne ou quelque Église particulière puisse prétendre au monopole de l'Esprit. Naturellement, le baptême est le fondement premier de cette participation de tous à la vie trinitaire; ne sommes-nous pas baptisés "au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit "? N'y sommes-nous pas oints d'une onction qui| nous fait participer au triple ministère du Christ, prêtre, prophète et roi? Et si l'on s'attache au sacerdoce baptismal, c'est lui qui se trouve au fondement du "nous" de toutes les actions liturgiques et très particulièrement de la liturgie de la messe dont toutes les prières sont sur ce mode. Ce " nous " des prières n'exprime ni un pluriel de majesté du prêtre qui préside, ni un pluriel grammatical des concélébrants prêtres, mais le " nous " de l'assemblée tout entière. La conscience en est encore très vive au milieu du Moyen Âge quand saint Guerric d'Igny prêche que " tout le peuple fidèle qui avec le prêtre entoure l'autel, avec lui consacre et |sacrifie " (13). Cette conscience traditionnelle a repris vie dans la réforme liturgique du dernier concile grâce aussi à la décision recommandant fortement de célébrer dans la langue des différents peuples chrétiens.

On voit ainsi que la vie synodale n'a pas du tout pour fondement le droit d'association, par une sorte de mimétisme par rapport à la société séculière, mais le droit de la communion, fondé dans la confession de foi et les sacrements. C'est aussi dans ce même droit que s'enracinerait la participation du clergé et du peuple dans la désignation de ses évêques dans l Église ancienne (14).

Cependant, ce "nous" des chrétiens qui se doit d'être très unanime dans la liturgie, n'est pas un "nous" unanimiste dans tous les domaines de la vie chrétienne. Du fait que tous les chrétiens ont une égale dignité, on ne peut conclure que l'égalitarisme règne entre eux, car " nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée" (Rm 12, 6) et "chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien commun " (1 Co. 12, 7). Voilà qui introduit la légitimité du débat entre eux, car les différences de culture, de position sociale, de formation sont d'abord une richesse humaine et même chrétienne, et les synodes sont précisément l'un des moyens d'en tirer bénéfice pour le bien commun. (à suivre dans la prochain numéro)

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8. Pie XII, la presse catholique et l'opinion publique, Doc. Catholique 3 (1950) 327: " L'Église est un corps vivant, et il manquerait quelque chose à sa vie si l'opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les pasteurs et sur les fidèles ".

9. Les travaux de Roger Aubert sur ce point sont très éclairants: on verra son Pie XI (Fiche et Martin) ou sa contribution à la Nouvelle Histoire de l'Église, Paris, Le Seuil. 1975.

10. Congar, Quod omnes tangit, ab omnibus tractari et approbari debet, Revue historique de droit français et étranger 36 (1958) 210-259.

11. C'est évidemment par abus de langage que nombre de théologiens et d'historiens désignent le monoépiscopat comme épiscopat monarchique.

12. Y. Congar, Remarques sur le concile comme assemblée et sur la conciliarité foncière de l'Église, dans Le concile au jour le jour (deuxième session), Paris, Le Cerf, 1964, pp. 9-39.

13. Guerric d'lgny, Sermon 5, P.L. 185, 87.

14. Dans un bref article, nous avons tenté d'éclairer ce point, cf. H. Legrand, Le sens théologique des élections épiscopales d'après leur déroulement dans l'Église ancienne, Concilium, n. 77, 1972, N. 41-50.

Retour: Édition du 29 février 1996

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