ÉDITION DU 14 MARS 1996



TABLE DES MATIÈRES

LIMINAIRE:..Avec Lui, le Fils du Père

ANNIVERSAIRES

Nominations

Communiqués

Jeunesse: Message du Pape (XIe Journée mondiale)

Oecuménisme: Institut oecuménique

Synode: Quel cheminement

Musique: À Saint-Léon

Conseil presbytéral: 164e réunion

En région: Rencontre de prêtres

Vocations: Communauté anglophone (prière pour les vocations)

Liturgie:

Hommage: À Mgr Fernand Lapointe

Livre: La Sagesse et le monde, le Christ d'Origène

Réflexion théologique: Quête de sens et don du sens

Bible: Journée biblique (changement de lieu)

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Église de Montréal: page d'accueil

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LIMINAIRE

...AVEC LUI, LE FILS DU PÈRE...

" Mais la plus grande des trois, c'est la charité " (1 Cor 13,13). Quelle que soit la condition de vie de ceux et celles où elle est invitée à se déployer, la charité prend toujours le risque de servir.

Elle se fraie un passage partout, en fidélité à ses origines. Offusquée de rien, elle est libre de toutes les attentions. Plus encore! Elle a cette particularité d'être source de joie pour ceux et celles qui la pratiquent. Et de se multiplier aussi en joies. Un geste de bonté a toujours la force d'en appeler un autre. Qui n'a pas vécu l'expérience d'un tel retour? Retour dans sa propre vie. Retour dans la vie des autres. Une monnaie sublime, dira Claudel.

" Dieu a donné aux hommes pour s'en servir entre eux cette monnaie sublime de la charité qui porte le signe irrécusable du Rédempteur ".

Monnaie sublime avec laquelle on transige l'attention aux autres et le respect. Et parce qu'elle se laisse accompagner par la conviction de l'espérance, la charité ne compte pas ses transactions. Et parce qu'elle a vu Jésus tout donner pour les autres, tout se donner pour sauver les autres, la charité n'hésite pas à prendre la route du Maître.

Elle se fraie aimablement un chemin au risque de la Rédemption en Jésus, avec Lui, le Fils du Père.

Yvan Desrochers, prêtre

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NOUVELLES EN BREF

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QUÊTES DE SENS ET DON DU SENS

Par René Latourelle, s.j.

En termes plus explicites, je dirais: recherche de sens de la part d'une humanité en dérive, et révélation du sens ultime de la condition humaine, offerte par Dieu comme un l'on accueille dans la foi.

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Vision de l'occident

L'inspiration de cet ouvrage m'est venue de deux expériences-choc, d'une intensité extrême. La première, vécue en Europe, où j'ai passé trente-trois ans de ma vie, en milieu international, en contact quotidien avec des étudiants et des collègues de plus de cent nations.

Or c'était une habitude à l'Université Grégorienne où j'enseignais, d'inviter chaque année une trentaine de professeurs provenant des grands centres universitaires d'Europe et d'Amérique: l'habitude aussi de profiter de leur passage pour échanger avec eux sur les problèmes du temps présent, en relation surtout avec la foi chrétienne.

Un soir - je me le rappelle comme si c'était aujourd'hui- notre invité était Kall Rahner, le théologien allemand bien connu- qui nous communiqua ses réflexions sur l'Église. Nous étions réunis, une vingtaine de collèges, au grand salon rouge de l'Université, dans clair-obscur de majestueux lampadaires de style baroque.

De sa voix rugueuse, aggravée par les tonalités de la langue allemande, Rahner évoqua d'abord ce qui a fait la grandeur de la civilisation occidentale: sa foi implantée par ces grands et ces grandes qui s'appellent S. Bruno, S.Benoît, S. Bernard, S. François et sainte Claire, S. Dominique, S. Ignace, sainte Thérèse d'Avila, S. Anselme, S. Bonaventure, S. Thomas et tant d'autres; puis les milliers de monastères et d'abbayes issus de Cluny; une foi qui a suscité et nourri l'enseignement des plus célèbres universités d'Europe; qui a inspiré ces chefs-d'oeuvre d'architecture et de sculpture que sont les cathédrales, "si belles, dit Dieu, que je les emporterai dans le ciel " (Péguy); puis ces chefs-d'oeuvre de la littérature, notamment de la poésie, que les guerres les plus féroces n'ont jamais réussi à détruire.

Changeant de registre, Rahner évoqua ensuite cette même chrétienté, devenue un champ de ruines, comme si un ouragan nucléaire avait tout détruit et pulvérisé sur son passage. Dans ce désert, une population indifférente et païenne, vivant dans une sorte d'hébétude, habitée par un vide bien spirituel et moral que psychologique et mental. Et dans tout cela, poursuivit Ralhner, avec une infinie tristesse dans la voix: " Mais...où est l'Église? ". Elle est sous terre, marginalisée, conspuée, objet d'insultes et de mépris, dans ces catacombes modernes que sont les égouts des grandes métropoles...Oui, l'Église des catacombes... Un petit reste de fidèles, une mince et fragile colonne de silhouettes à peine distinctes dans l'éclair fugitif des bougies. Une Église qui prie, souffre et supplie: " Ô Christ, prends pitié! Ô Christ, prends pitié! " Et la colonne s'éloigne dans un murmure de prière, pendant qu'au-dessus, à quelques mètres des galeries souterraines, la foule continue à piétiner, à errer, sans savoir où ni Comment s'orienter; continue à jouir jusqu'au paroxysme, jusqu'à en mourir, sans savoir pourquoi.

Rahner ne parlait plus visiblement près du sanglot. Nous, nous restions figés, sans un souffle, dans un silence d'une densité presque palpable. Soudain, la voix de Rahner éclata : " Non,

christ est vivant, Christ est ressuscité! La terre peut éclater, mais rien n'est perdu! Nous sommes promis à la vie, pour de bon et à jamais! Christ est vivant, notre espérance! "- Jamais je n'oublierai cette soirée.

Vision du Québec

Ma deuxième expérience sur la question du sens et du non-sens de la vie, je l'ai vécue à mon retour d'Europe il y a cinq ans. J'ai retrouvé ici le même phénomène de déclin: une société déboussolée, marchant dans le brouillard, trébuchant à chaque pas, sans point de référence pour s'orienter, car ayant aboli toutes les valeurs qui ont fait sa grandeur.

Certes, j'y ai trouvé aussi des traces de sa grandeur originelle, des percées de lumière, des oasis de prière, des merveilles de partage, des gestes de dévouement héroïque. Reste que l'impression dominante a été celle d'une société qui a rattrapé l'Europe dans sa descente aux enfers; davantage, qui l'a tristement dépassée sur plusieurs fronts: par exemple, taux de suicide, chez les jeunes, l'un des plus élevés au monde; taux de natalité nettement sous le seuil de renouvellement des générations; 50%, et parfois davantage, de couples vivant hors mariage; rejet violent et hargneux de l'Église et, par voie de conséquence, du Christ lui-même. Des structures nouvelles n'ont pas remplacé les valeurs qui font un peuple.

Je sais bien que le règne du sens n'a jamais existé, mais l'originalité de notre société occidentale est peut-être d'avoir aboli toute forme de sens pour y substituer le règne du non-sens.

Vous comprenez maintenant pourquoi, après avoir vécu la double expérience que je viens de décrire, en Europe et en Amérique, j'ai éprouvé la nécessité d'effectuer le passage de la morosité à l'espérance en Celui seul qui peut redonner à la vie sens et consistance: Jésus-Christ.

En rédigeant les chapitres du présent ouvrage, Quête de sens et don du sens, j'avais toujours présent à l' esprit la situation tragique de l'Église, et particulièrement de notre Église. Je pensais aux conséquences tragiques de la perte de nos valeurs humaines et chrétiennes, sans que nous éprouvions même le désir d'une prise de conscience collective de cette situation.

La question du sens

Dès le premier chapitre, je pose la question du sens, car elle éclate aujourd'hui comme un cri qui étouffe toute les autres questions. Il ne s'agit pas ici d'un sens particulier, secondaire ou périphérique, comme serait la recherche d'un emploi ou d'un poste d'influence, mais de la recherche d'un Absolu qui introduirait de l'ordre, une échelle de valeurs, de l'unité et de l'harmonie dans le chaos de l'indifférencié. Il ne s'agit pas d'une question parmi d'autres questions, mais de la question unique sans laquelle il n'y en a point d'autres. Que nous le voulions ou non, observe Pascal, " il faut parier... nous sommes tous embarqués "( Pensées, éd. L. Brunschvigg, n. 151). " Oui ou non, reprend à son tour Blondel, dans l'Action, la vie humaine a-t-elle un sens, l'homme a-t-il une destinée? " (M. Blondel, l'Action, Paris 1893, p. XII).

Qu'il l'avoue ou non, cherchant à l'enfouir au plus profond de lui-même, cette question du sens ultime de la vie poursuit l'être humain jusqu'au seuil de la mort. Il n'est pas plus capable d'y échapper que d'échapper à lui-même.

Or, de quelque côté qu'il se tourne, l'homme, par lui-même, ne parvient pas à apaiser cette soif de sens qui le ronge jusqu'à en mourir. Les anciennes civilisations de l'Égypte, de la Mésopotamie, de la Grèce, de l'Orient, tout comme les idéologies de l'Occident moderne, avec Nietzsche, Hegel et Marx, ont échoué les unes après les autres entraînant l'humanité dans de nouveaux esclavages. Les systèmes politiques s'enlisent dans le pouvoir, l'argent et la corruption. Les paradis perdus de la drogue cohabitent avec la mort. Toute une société exaltée par le progrès, se dégrade dans la violence, le terrorisme, la torture, les confits raciaux et tribaux. Bref, l'homme a tué Dieu, et la technologie est bien près de tuer l'homme. Cette société apparemment vide de sens est incapable de se régénérer et de trouver une valeur qui puisse la réunifier.

Une société apparemment dépourvue de sens

C'est délibérément que j'ai dit: dans cette société apparemment dépourvue de sens, car je persiste à croire qu'en dépit de cet avortement apparent, gît au fond des consciences, comme un appel désespéré, la quête d'une réalité supérieure qui donnerait sens et consistance à toute chose, et à lête humain tout d'abord.

Dans la course folle vers les sectes - 850 au Québec - n'y a-t-il pas une tentative d'accomplissement, mal orientée sans doute, ou déçu par un christianisme mal compris, ou mal présenté, ou tout simplement méconnu, mais aussi une interpellation pathétique adressée à l'Église d'aujourd'hui?

Dans les phénomènes de violence et de révolte une société égoïste et pourrie par l'argent, n'y a-t-il pas le désir inconscient d'un monde authentique justice, de solidarité, de partage et de fraternité vraie?

Pour les jeunes surtout, le futur n'a pas d'avenir: il n'est que mirage. Trop souvent ils se trouvent dans une famille qui ne les a pas voulus et, parfois, les a abandonnés dès la naissance. Ils vivent dans une société qui n'a rien à offrir parce qu'elle a rejeté toutes les valeurs qui lui donneraient une raison d'être. Pas étonnant, dès lors, que pour oublier ils rejoignent les gangs, se droguent, tuent et s'entre-tuent avant de sombrer dans le suicide. Mais tout ceci n'est peut-être que l'envers d'un désir profond, mais jamais Comblé, de quelque chose, ou mieux de quelqu'un qu'ils pourraient aimer parce qu'il les a aimés le premier. Plus que tous, ils sont à la recherche d'un sens vrai.

Pour ma part, j'estime que notre société ne supportera pas plus longtemps encore le vide de sens sur lequel débouche la question du sens. Le rejet de l'Église et du Christ, l'éclipse ou la mort de Dieu raréfient l'oxygène dont l'homme a besoin pour vivre: ou bien cette société va s'éteindre par asphyxie, ou bien elle cherchera par en haut, c'est-à-dire dans la foi ses origines, l'air qui lui manque. Au surplus comment concevoir qu'il aura suffi de quelques décennies pour tuer l'âme d'un peuple façonnée par les grands et les grandes qui sont les fondateurs de notre Église?

Le sens ultime: un sens révélé

Je persiste à croire que notre société, qu'elle le confesse ou non, a atteint un tel degré de décadence qu'elle aspire à ce qui donnerait un sens à toutes les choses: au travail, à la famille, à l'éducation, à l'amour, à la solitude, à la mort et, plus profondément, à la vie tout court. Chose certaine, nous n'avons qu'un choix: disparaître, mourir, ou opter pour la vie. Paradoxalement, notre situation de crise peut devenir la chance de retrouver notre identité de peuple chrétien, notre image authentique, et non difforme, à condition de nous tourner vers Celui qui est la vérité de l'image: Jésus-Christ

Vatican II nous dit en termes concis: "Le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné " (Gs 22) En effet, le sens ultime de l'humanité, cette plénitude de sens à laquelle tous nous aspirons, ne peut venir de nous, comme fruit de nos recherches, mais d'une initiative de Dieu, d'une révélation, car il s'agit d'un mystère lié au mystère de la vie trinitaire. Le vrai secret de l'homme, qu'il le sache ou non, c'est que l'amour de Dieu le couvre; c'est qu'il y a dans l'homme plus que l'homme; c'est que l'homme est aimé de Dieu, sauvé par le Père, dans le Christ et l'Esprit, et destiné à partager la vie divine. Mais tant que l'homme pense se suffire, tant qu'il refuse de se reconnaître qu'il est indigent, en besoin de salut, jamais il ne parviendra à résoudre l'énigme qu'il est à lui-même.

Dans cette quête de sens, c'est le Christ le premier qui vient à nous; il nous interpelle, il se fait proche de nous, l'un de nous pour nous ouvrir à la lumière, comme il fit pour l'aveugle-né. Il en est la lumière qui se projette sur notre condition et nos situations humaines. Le sens à trouver et recherché par l'homme est un sens révélé, c'est-à-dire offert comme un Don qu'il faut accueillir dans la foi.

Un sens déroulé comme un film

Au premier abord, les chapitres de cet ouvrage se présentent comme une série d'articles étalés sur plusieurs mois, voire sur quelques années: une contemplation sur un épisode de la vie de Jésus, un exposé d'allure théologique, un exemple d'engagement chrétien. Sous les apparences de cette évidente liberté de manoeuvre dans la composition, l'ouvrage a cependant son fil conducteur, son thème de fond bien affirmé, à savoir le sens révélé de la condition humaine face à la recherche de sens stérile de l'homme contemporain.

Si la démarche est sinueuse, c'est qu'il n'en existe pas d'autre quand il s'agit d'un thème comme celui du sens révélé. En effet, il ne s'agit pas ici d'un système de pensée à communiquer comme une philosophie, une gnose supérieure, mais d'un nouveau mode d'être, d'un style de vie inédit. Bien plus, cette révélation de sens s'effectue par les voies de l'histoire multiséculaire d'un peuple et par l'Incarnation d'une personne, par le déroulement de toute son existence terrestre parmi nous: celle de Jésus, de la naissance à sa mort, de l'Incarnation à la résurrection. Il s'agit de refaire à la suite des apôtres, leur cheminement avec Jésus et, par la foi en leur témoignage, d'entrer en communion de vie avec lui. La plénitude de sens n'apparaît que lorsque le film est entièrement déroulé.

Autrement dit, se rendre présent au déroulement de la vie de Jésus, c'est dire du même coup le sens authentique de la condition humaine. Aussi est-ce en nous racontant cette vie que l'Élise et la liturgie nous introduisent au sens de notre vie en Dieu. Un simple discours sur notre condition de fils et de fille de Dieu aurait été inexorablement voué à l'échec. C'est pourquoi le Christ, Verbe de Dieu, Fils de Dieu au sein de la Trinité, assume la chair et le langage de l'homme pour nous dire en mots et en gestes humains comment se vit la condition d'un fils, d'une fille de Dieu. Son comportement nous révèle la plénitude de sens d'une vie selon Dieu.

Il s'ensuit que chaque épisode de la vie de Jésus a un sens pour lui et pour nous. Toute parole, toute attitude de Jésus, est révélation de notre condition de fils et de fille. Jésus qui accueille Nicodème, c'est Dieu qui accueille un ami. Jésus qui pardonne à ses ennemis, c'est Dieu qui pardonne et nous apprend à pardonner. Jésus qui débloque des situations de gêne, d'embarras d'impuissance, comme à Cana ou à la mort de Lazare, c'est Dieu qui se penche sur notre détresse. C'est même cette fidélité au mouvement de la révélation, exprimée dans la contemplation des mystères de la vie de Jésus, qui donne aux Exercices spirituels de S. Ignace leur stupéfiante et toujours actuelle efficacité.

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