L'Église de Montréal (Retour à la page d'accueil)
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LIMINAIRE: Épiphanie du visage
COMMUNIQUÉS:
JEUNESSE:
LITURGIE: " va te laver à la piscine de Siloé "
SYNODE: D'une confiance spontanée à une foi adulte
LIVRE:
ÉDUCATION: Ces éducateurs dans la tourmente
PASTORALE: Guide des agentes et des agents de pastorale laïques en paroisse
VIE RELIGIEUSE: Hommage et reconnaissance aux SNJM
CATHÉCUMÉNAT: L'appel décisif à Saint-René-Goupil
CONSEIL DE PASTORALE: Conseil diocésain de pastorale
DIVERS:
THÉÂTRE:
FAMILLE: Savoir contrôler sa fertilité
MUSIQUE:
RETRAITES
SESSION: Centre Saint-Pierre
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Cette route, inspirée qu'elle est par le commandement de l'amour de Dieu et du prochain, et que nous avons prise en ce début de carême 1996, nous ne pouvons l'abandonner.
Si nous l'avons nommée la route de l'attention aux autres, c'est qu'elle est un lieu de passage particulier ou encore un temps d'expression de l'être humain où les sentiments de bonté envers le prochain se donnent rendez-vous.
Emmanuel Levinas, le philosophe du Temps de l'autre, s'est plu à parler de " l'épiphanie du visage " pour montrer jusqu'à quel point l'être humain est responsable de son frère.
" J'appelle visage, écrit Levinas, ce qui en autrui me regarde...Il y a dans l'apparition du visage un ordre, comme si un maître me parlait ".
Pensons à tous ces regards que les hospitalisés reçoivent avec tant de joie intérieure. À tous ces regards que réclament des conjoints pour donner cours à leur première fidélité. À tous ces regards gratuits, non réclamés mais qui témoignent d'une responsabilité que l'autre a pour nous.
" Épiphanie du visage ", épiphanie de nos visages qui prennent le temps de témoigner de la qualité spirituelle des autres. Et si l'on veut dire cette vérité autrement, empruntons à Péguy le dialogue qu'il imagine entre le pécheur et le saint.
" Le pécheur et le saint sont deux pièces intégrantes du mécanisme de chrétienté...Deux pièces indispensables l'une à l'autre... Et tous ensemble, l'un par l'autre, l'un tirant l'autre, ils remontent jusqu'à Jésus. Celui qui n'est pas chrétien, c'est celui qui ne donne pas la main ".
Donner la main à l'autre, le regarder " c'est se dire, écrit encore Levinas, responsable de sa responsabilité ", de la responsabilité de l'autre. La théologie nous permet d'insérer cette responsabilité au régistre des commentaires sur la communion des saints.
Yvan Desrochers, prêtre
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" PRIER, C'EST PRENDRE À DE L'UTILE POUR DU PLUS UTILE " ,
Madeleine Delbrel.
Par Luc Phaneuf, professeur-animateur.
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Luc Phaneuf, 31 ans, M.A. (études bibliques), est professeur-animateur de sciences religieuses au collège Jean de Brébeuf cours collégial). Auteur d'un essai sur le suicide chez les jeunes en rapport avec la crise de la spiritualité moderne ( Les galériens de la Modernité, faire face à la crise spirituelle, Fides 1995), il mûrit présentement un projet de thèse sur le même thème. De plus, il travaille activement à un essai sur la crise spirituelle québécoise depuis la Révolution tranquille.
Une vocation reçue et vécue comme don
Jamais n'ai-je choisi le métier d'éducateur; il s'est imposé à moi, et je l'ai reçue comme un don de la Providence. On ne choisit pas souvent où et qui aimer: le Maître se charge de nous indiquer le chemin, les façons de faire.
Il en est ainsi de mon christianisme, ce joyau inestimable au coeur de ma vie: je l'ai reçu comme un don, un don de Sens et un don de vie. De ma mère, de mes éducateurs jésuites, de mon confesseur bénédictin, pour ne nommer que celui-là. Je ne méritais pas ce don: pas plus que vous. On le reçoit tout jeune, naïvement, sans trop le prendre au sérieux. Être chrétien, se dit-on alors, rien de plus normal, rien de plus évident. Et puis on vieillit, et on réalise notre chance: cette certitude intérieure de vérité que tous cherchent si péniblement, elle nous habite mystérieusement. Alors, on tombe à genoux, et on dit merci: on réalise, rétrospectivement, que ce don de la foi, c'est si beau et si grand, si fort et si profond, que cela fait partie intégrante de nous, que l'on pourrait s'en passer, vivre sans. On réalise alors qu'être chrétien, c'est le tout de notre vie, c'est ce qui nous permet de vivre et d'aimer, avec une force toujours renouvelée, l'espoir chevillé au coeur.
Un rescapé de la modernité
Je suis âgé de 31 ans, et fils de mon siècle tourmente: pour être honnête, j'en suis un rescapé. Rescapé du naufrage existentiel qui pousse tant de jeune au suicide. C'est le christianisme qui m'a sauvé littéralement: sans lui, je serais ou bien drogué, ou bien mort. Point à la ligne. Âme sensible, j'ai vécu plutôt difficilement la séparation et le divorce de mes parents, alors que j'étais jeune adolescent; sans le sport pour me défouler, et ces maîtres spirituels pour m'aimer, j'aurais sombré. Pourquoi ne l'ai-je pas fait? Je n'en sais rien, sinon que je le dois à Dieu. En définitive, peut-être aussi la Providence a-t-elle permis que je survive à mon désarroi intérieur afin que je puisse, par la suite, mieux aider et mieux comprendre les autres, aux prises avec les même vertiges.
Après mes études collégiales à Brébeuf, la théologie s'est comme imposée à moi: il me fallait trouver un sens à ce désarroi existentiel qui était mon lot. Par la suite, jeune maître en études bibliques, Brébeuf s'est imposé à moi avec la même force: malgré ma peur, mes réserves, je sentais intérieurement que je devais aller m'y incarner. Ce fut pour mon plus grand bien.Voilà maintenant plus de six ans que je vis avec les jeunes (17-19) quotidiennement, comme professeur et animateur de sciences religieuses.Être présent aux jeunes est pour moi un privilège, une chance de bonheur: au fil des années, j'ai appris à les aimer. Aujourd'hui, ils sont presque le tout de ma vie.
Ces jeunes Galériens de la modernité
Nos jeunes sont magnifiques, mais ils souffrent. Comme des galériens, ils rament péniblement, sans trop savoir pourquoi: leur vie est trop souvent en souffrance de sens. Ramer ne leur pose pas problème: c'est l'absence de direction, de but, qui les accable.Trente années de Révolution facile ont suffit pour que le Québec se transforme radicalement: d'une nation de la mort, avec un taux de fécondité exceptionnel, nous sommes passés à une nation suicide effarante: le suicide est à ce jour la première cause de décès chez les jeunes de 18-30, avant même les accidents de la route. La détresse humaine et psychologique de toutes les classes de la population atteints des sommets inégalés: jamais le bonheur, si simple soit-il, ne nous est apparue plus difficile à saisir. C'est déjà un miracle en soi que les suicides ne soient pas plus nombreux, tant notre monde moderne est en souffrance de sens.
Malgré ce que les adultes en pensent, on ne se suicide pas sans raison: les suicidés sont souvent le miroir de ce que notre conscience ne veut ni voir ni entendre. Voilà pourquoi le suicide des jeunes est si dérangeant, choquant même, pour les baby-boomers; en se suicidant, les jeunes envoient un message clair: ils vomissent cette vie absurde que les adultes leur présentent comme une fin en soi. Car les jeunes ne sont pas dupes des chimères de bonheur de leurs aînées; quoi! se contenter des petits et médiocres de rêves de consommation effrénée, de bonheurs superficiels, d'une vie insensée? Non merci pour nous ...Nos jeunes sont faits pour l'idéal, un idéal qu'on leur refuse. On comprend alors leur déception, leur désespoir même.
Mais plus que tout, les jeunes sont écoeurés de souffrir: ils portent comme une douleur déchirante et lancinante ce monde déchiré et déshumanisé, qui n'en a que pour les machines, le sexe et l'argent. Ils voudraient bien croire à l'amour, au bonheur humain possible, mais voilà qu'ils voient chaque jour l'Amour défiguré au quotidien: obsessions épidermiques et sensuelles, couples frivoles, cohabitations éphémères, séparations et divorces, enfants ballottés au gré des humeurs, etc. Et comme si cela ne suffisait pas déjà à les oppresser, voire à les dégoûter de la vie, du désir d'aimer et de se donner, ils ne se voient pas proposer un sens à leur souffrance, un espoir qui puisse les faire revivre. Voilà pourquoi les plus sensibles, les plus intelligents d'entre eux, étranglés par leur souffrance absurde, révoltés par ce monde abatardi et laid que leurs sens de l'idéal refuse de cautionner, convaincus à l'avance -mais à tort- que tout est foutu, se laisseront aller à toutes les formes de révolte: délinquance, drogue et alcool, et enfin, le suicide. Que les sceptiques soient confondus: les faits et statistiques incontournables: la simple lecture des journaux quotidien en témoigne irréfutablement.
Le problème, c'est que malgré les faits, qui veut voir, qui veut écouter, décoder la souffrance des jeunes, accepter de voir la réalité de face? On ne veut pas voir, parce que cela ferait trop mal, que leur tragédie en plusieurs actes, c'est aussi la nôtre: que leur naufrage, c'est celui de notre navire à tous. Notre monde implose, le Québec se vide de son sang, de sa sève nourricière: sa jeunesse expire, agonise, se meurt par manque d'idéal et d'amour. Le futur n'a plus d'avenir. On a annoncé la mort de Dieu, mais voilà que c'est l'homme qui se meurt. Et personne, ou presque, ne réagit. Notre organisme infecté n'a plus de système immunitaire: le Québec est aux prises avec un sida existentiel.
Plutôt que de confronter les vrais problèmes, et chercher de vraies solutions, les baby-boomers et fils s'occupent à autres choses, choses sérieuses entre toutes, on le comprend: l'économie et l'emploi, les finances publiques, les projets politiques, et ce quand ils ne s'emploient pas à construire de nouveaux veaux d'or, ces machines et cette autoroute électronique qui promettent de nous redonner ce monde édénique qui viendra à bout de tous nos problèmes, y compris celui du suicide des Jeunes.
Du rôle des éducateurs chrétiens dans la tourmente
Le Québec des trente dernières années, au plan humain et spirituel, est sans contredit une faillite lamentable. Nul ne peut le contester. Le tissu humain s'est effiloché, tant est que l'on se retrouve aujourd'hui dans un monde qui va à hue et à dia, sans leader, et qui apparait à plusieurs -surtout les jeunes- absurde, insensé.
Jamais autant qu'aujourd'hui a-t-on eu besoin de leaders humains et spirituels véritables, authentiques. Des gens qui sauront se rendre présents aux autres, aux jeunes surtout, qui sauront les accueillir, les écouter, les guider, les aimer. De vrais éducateurs, forts, croyants, rayonnants, humbles: des gens priants, avant tout. Car voilà ma plus forte conviction: la prière, écrivait le prix Nobel Alexis Carrel, scientifique athée convertit à Lourdes, est une force aussi puissante que la gravitation universelle. C'est cela l'essentiel, à mon avis. Car c'est de Dieu que nous tirons notre force, et jamais autant qu'aujourd'hui en avons eu autant besoin. Car le défit de la ré-évangélisation est titanesque, et nos pauvres moyens humains si limités!
Par moi-même, je ne suis rien, Sans les maîtres qui m'ont formé, qui m'ont transmis l'héritage précieux, sans la prière des têtes blanches dans l'Église, de Dom Vidal, du père l'Archevêque, des fondateurs de Ville-Marie que j'invoque, de tous les saints qui m'aiment, jamais je n'aurais tenu le coup six ans. Ma force, c'est que je sais que je ne suis rien sans Dieu: mais ce rien que je suis, obstinément, je veux le donner tout entier. Par la grâce de Dieu, si je reste fidèle, je sais, c'est ma conviction la plus intime, que je porterai du fruit, peut-être abondant même.
S'ils réalisent le sérieux de la mission qui leur incombe, les éducateurs chrétiens peuvent sauver le Québec du naufrage: notre modernité, en perdant le goût de Dieu, a perdu le goût de l'homme: elle s'est enténébrée. Nous risquons la mort. Le temps des chrétiens médiocres est révolu. Le temps des vraies lumières a sonné. Nous sommes condamnés à l'héroïsme. Comme celui des saints, par exemple.
Oui, en définitive, les éducateurs chrétiens sont condamnés à la sainteté. Et cela ne se fera pas sans prières, sans chapelets, Le défi est immense, la tâche souvent écrasante: quoiqu'il en soit, j'aime mon époque, car elle est pleine de défis. À moi, à nous tous, en définitive, d'être à la hauteur.
Les jeunes n'attendent rien de moins de nous.
Par Hervé Legrand, op. Prof. à l'Institut Catholique de Paris.
II- DIVERGENCES ENTRE LA VIE ECCLÉSIALE ET LA DÉMOCRATIE
S'il existe donc de grandes convergences entre vie synodale et démocratie, et des valeurs communes entre elles, on doit également relever leurs incompatibilités.
1) Divergences invitant à ne pas surestimer la démocratisation de l'Église
Si la démocratie est le régime grâce auquel les membres d'une société aux statuts, aux idéologies et aux intérêts différents arrivent à élaborer des consensus acceptables pour leur vie en commun, un tel régime ne saurait être celui de l'Église qui se fonde sur une confession de foi et qui vit dans la communion.
La justesse de la vie chrétienne, ou la profondeur qu'elle doit atteindre, ne se découvre nullement, en effet, par l'élaboration de compromis empiriques, pas plus que la vérité évangélique ne jaillit du consensus des bons esprits. À cet égard, la vie chrétienne est dans la même situation que les progrès du savoir, les innovations techniques, les réformes sociales ou encore les attitudes prophétiques ou la sainteté.Toujours, cela est bien connu, elles ont dû s'imposer contre les évidences communes les mieux établies dans leur environnement. S'agissant de savoir, les catholiques en ont un souvenir aussi célèbre que cuisant: la condamnation de Galilée.
Les différences entre vie ecclésiale et démocratie sont très nettes: on ne saurait confondre les inspirations de l'esprit du temps, même communément du partagées avec les inspirations du Saint-Esprit.
Un parallélisme peut être éclairant ici. Parmi les catholiques français du temps de Louis XIV, on ne trouve aucun militant en faveur de la démocratie chrétienne: on ne peut pas plus le leur reprocher au nom d'une prétendue infidélité à l'Esprit Saint que les créditer de lui avoir été fidèles en désignant ce monarque absolu du titre de "Roi très chrétien".
Les formes historiques de la vie sociale n'ont aucun titre à s'imposer comme formes de vie ecclésiale; ces dernières en revanche doivent s'en distinguer par deux traits: la confession de la foi et la communion, qui toutes deux excluent la "souveraineté populaire au sein de l'Église locale".
2) Incompatibilité fondamentale entre Eglise et démocratie
a) La foi est objet de tradition et de réception. Les consensus de foi ne formulent pas à la manière des consensus démocratiques
Tous les chrétiens en conviennent, la foi, dans son contenu comme dans ses expressions autorisées, est objet de tradition et de réception. Dès les années 50, saint Paul fait ressortir ce point: S'agissant des deux piliers sur lesquels l'Église est fondée, à savoir le kérygme de la Résurrection (I Cor. 15, 3) et la célébration du Repas du Seigneur (1 Co. 11, 23), il souligne expressément " je vous transmets ce que j'ai reçu", et il démontre aux Corinthiens que s'ils quittaient ce terrain là, ils entreprendraient la dissolution de leur communauté! Il est clair également que la vérité de la résurrection du Christ ne sera jamais établie au terme d'une décision démocratique, comme il est clair que cette vérité est indépendante du nombre, petit ou grand, de ceux qui y adhèrent.
Il en est ainsi de tout le message chrétien: une Église locale y adhère, le reçoit, le transmet; en revanche, dès qu'elle s'estimerait en droit de la modifier en prétendant exercer sa souveraineté, elle lui deviendrait bien évidemment infidèle. Une telle perception est si bien ancrée chez les catholiques que le danger d'une " démocratisation " du contenu de la foi est assez chimérique.
b) Une Église locale n'est catholique que dans la communion avec les autres Églises locales, avec l'Église entière.
L'enseignement catholique sur les relations entre l'Église locale, les autres Églises locales et l'Église entière a été renouvelé avec une grande clarté par Vatican II, lorsqu'il énonce que c'est "dans et à partir (des Églises locales) qu'existe l'Église catholique, une et unique " (Constitution dogmatique Lumen gentium 23). Les Églises locales et l'Église entière sont donc dans une relation d'intériorité mutuelle: l'essence de l'Église catholique est concrètement une communion d'Églises à travers l'espace comme à travers le temps dans la fidélité à l'Église des Apôtres, car la tradition apostolique est le critère sur lequel chacune et toutes ensemble doivent se régler. Il n'y a pas de souveraineté de l'Église locale en matière de foi et de moeurs: la communion entre Églises présuppose la réception (au minimum le non-rejet) de la foi et de la légitimité des coutumes des unes et des autres.
S'agissant justement de la discipline et des moeurs qui doivent régir la vie chrétienne des Églises, l'histoire montre que ni les opinions de la base ni celles du grand nombre ne sont une garantie de justesse. Deux ou trois exemples pris dans des contextes lointains du nôtre peuvent facilement l'illustrer:
-I1 est bien connu, par exemple, qu'aux États-Unis ce sont les Églises qui dépendaient le plus de l'opinion et de la sensibilité de leur base qui ont également pratiqué la discrimination raciale jusque dans leur célébration du culte. En revanche, là-bas comme en Afrique du Sud, les Églises auxquelles leur constitution permettait le mieux de résister à leur base, sont aussi celles qui ont le mieux maintenu les moeurs chrétiennes inséparables sur ce point, à vrai dire, d'une juste compréhension de l'Évangile et du baptême.
- On constate également que les Églises qui se veulent autonomes au plan national n'ont guère de frein qui les empêche de résister à une " fervente " identification entre nation et Église, alors qu'il s'agit dans ce cas d'une sécularisation interne de ces Églises qui deviennent dans certains cas, des rouages de l'État ou des instruments de la sacralisation d'un nationalisme cruel et injuste pour les autres ethnies, au lieu de constituer, selon l'Évangile, un rempart contre une telle évolution. Ce qu'illustre, hélas, telle ou telle Église d'Europe de l'Est actuellement.
-On constate enfin que les structures ecclésiastiques les plus démocratiques peuvent être très vulnérables aux infiltrations idéologiques séculières, même quand elles sont franchement anti-chrétiennes. L'histoire de la prise de pouvoir des nazis au sein des Églises luthériennes d'Allemagne en 1933, au terme d'élections ecclésiastiques au suffrage universel, fort démocratiquement conduites, est dans toutes les mémoires. Dans la foulée, ces Églises acceptèrent non seulement le principe d'un Führer pour le gouvernement de l'Église, mais aussi le paragraphe aryen. Cette dernière décision qui excluait les non-aryens de tout ministère, revenait à renier le baptême: une telle extrémité provoqua la naissance de l'Église confessante au synode de Barmen, à l'initiative de K. Barth et d'autres minoritaires comme Bonhöffer et Niemöller, dont les noms sont bien connus des catholiques pour leur témoignage évangélique et prophétique.
Conclusion
Une exigence pour les chrétiens du monde occidental: apprendre à débattre en société et dans l'Église
La rapide exploration de la vie synodale, inscrite dans la tradition propre à l'Eglise catholique, a montré que celle-ci n'est ni monarchique ni démocratique, et surtout qu'elle a en elle-même les ressources nécessaires lui permettant d'accueillir en son sein un grand nombre de valeurs démocratiques. Rien ne le lui interdit et tout le lui recommande, surtout pour assurer une crédibilité à l'annonce de l'Évangile dans les sociétés occidentales.
En effet, dans ces sociétés une Église qui présenterait le message de Jésus sur le mode autoritaire n'a guère de chances d'être entendue, sauf une petite minorité. Certes, la demande de normes adressée à l'Église reste considérable, mais les interlocuteurs de l'Église ont précisément conscience d'avoir un statut d'interlocuteurs. Voilà qui entraîne des exigences aussi bien pour la présence des chrétiens dans le débat public que pour l'existence de structures pour débattre au sein de l'Église même (conciles, synodes et conseils).
L'Église ne peut pas ne pas prendre acte qu'il existe un débat public dont elle n'a pas la maîtrise. C'est un fait dans toutes les sociétés démocratiques. On peut évidemment déserter ce débat, en accusant les médias d'hostilité systématique, voir même de complot. Mais ce serait vraiment une désertion, car la Parole de Dieu est destinée précisément "au peuple": elle ne peut se limiter à des échanges douillets entre croyants. On sait bien quel type de parole suscite le rejet dans le débat public: celui-ci est allergique aux positions autoritaires, totalisantes, ou prétendant au monopole de la légitimité. En revanche, il y a une grande soif, dans nos sociétés, pour des prophètes du sens. Car le sens manque... Pourtant, le sens ne s'impose pas, il se propose; et les chemins de la liberté et de I'amour ne peuvent se prendre que librement. Jésus a invité à Le suivre... Nos sociétés sont en quête de sens; aujourd'hui comme hier l'invitation à être libre et à aimer en vérité les atteindra si elle est invitation et non tentative d'imposition.
Mais il ne suffira pas de se situer dans le débat public, il faudra également apprendre à débattre au sein de l'Église. Il est trop clair -et déjà vérifié en effet- que tout débat étouffé au sein de l'Église sera repris dans l'espace public, et sans aucune des garanties qu'il aurait pu avoir entre chrétiens. Si les chrétiens ne veulent pas que leurs débats soient dénaturés, il leur faut eux mêmes les prendre en charge (15). Une telle démarche ne pourra qu'être bien accueillie dans l'espace public: une Église en synode c'est, en effet, une église où l'on s'écoute mutuellement, où l'on apprend les uns des autres, où l'on fait route ensemble. À propos de telles attitudes, faut-il invoquer le spectre de la démocratisation? Une Église qui écoute, qui apprend, où l'on fait route ensemble n'est pas une Église qui veut ignorer que la foi est reçue pour être transmise fidèlement, mais c'est tout simplement une Église docile à l'Esprit Saint qui répartit ses dons à chacun librement et qui répand le discernement dans le Corps du Christ.
En effet, dans l'Église, il n'y a pas toujours une personne ou un groupe qui dispose à l'avance de toutes les réponses, requises dans chaque situation. L'histoire, par définition, ne s'arrête pas: des situations nouvelles se créent auxquelles les réponses anciennes ne suffisent plus. Donnons-en deux exemples typiquement occidentaux pour terminer.
À la suite des progrès de la médecine (baisse de la mortalité des femmes en couches et des nourrissons, contrôle efficace de la fécondité, longévité exceptionnelle) et à la suite du développement du travail salarié des femmes dans les sociétés post industrielles (où le muscle masculin devient inutile: fermeture des mines, fin des travaux de force), une situation nouvelle s'est créée. Comme jamais jusqu'ici dans l'histoire, et comme nulle part ailleurs que dans les sociétés occidentales, les hommes et les femmes, les chrétiens et les chrétiennes ont la possibilité de devenir partenaires dans l'ensemble de leur existence.
Une situation nouvelle est ainsi créée: L'androcentrisme est frappé de mort (16)! Il est pourtant clair que pendant deux mille ans, la vie chrétienne s'est construite et réfléchie sur des modèles androcentriques. Il en résulte que toutes sortes de problèmes nouveaux se posent dans la vie quotidienne de l'Église, comme société avec les incertitudes et les tensions qui s'en suivent. Tous sont concernés socialement, affectivement, religieusement et personne n'a de réponse toute faite. Il faut procéder ensemble à des ajustements pratiques et théoriques, de manière progressive mais inévitablement.
Deuxième exemple: toujours à la suite des progrès de la médecine, en 40 ans les conditions concrètes dans lesquelles chacun naît et meurt dans la société occidentale ont été bouleversées.
Il y a un demi-siècle encore, les parents se confiaient à la providence quand ils avaient un enfant. Aujourd'hui, la plupart le programment, savent même avant qu'il ne naisse si ce sera une fille ou un garçon. De même à l'autre bout de la vie, la longévité n'a jamais été aussi élevée, la mort n'a jamais été autant soustraite à l'environnement familial, (presque 80% des Européens meurent seuls à l'hôpital). Les questions autour de la naissance et de la mort ne sont pas seulement des questions de "bioéthique": elles concernent tout citoyen, tout chrétien...
L'un et l'autre exemple montrent la nécessité du débat dans l'espace public et dans l'espace ecclésial. Les questions sont trop nouvelles pour que des réponses toutes faites soient déjà disponibles. Mais qui, connaissant nos sociétés, peut imaginer que la parole chrétienne puisse être entendue dans l'espace social sans élaboration préalable de la part des croyants débattant entre eux?
La " modernité " n'est pas en face de l'Église, elle saisit aussi les chrétiens. Fond et forme sont ici liés: l'inculturation de la vie chrétienne ne passe évidemment pas par la démocratisation de l'Église (nous avons vu qu'il ne pouvait en être ainsi), mais elle est très probablement liée au développement résolu de la vie synodale dans les Églises d'Occident. La vérité de la foi sera difficilement transmissible dans nos sociétés indépendamment de la communion qu'elle instaure. Quel chrétien pourrait s'en plaindre?
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15. C'est l'une des leçons qu'il conviendra de retenir de l'affaire Gaillot, cf. H Legrand, L'affaire Gaillot, un analyseur ecclésial? Revue de Droit Canonique (Strasbourg), 45 (1995) 151-162.
16. Par " androcentrisme " on entend le système, à la fois de valeurs et de représentations sociales, selon lequel les femmes sont beaucoup plus relatives aux hommes que les hommes ne sont relatifs aux femmes: l'homme étant au centre de la vie sociale et familiale comme père , mari ou frère.